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12/11/2016 00:38 EST | Actualisé 13/11/2017 00:12 EST

La politique d'austérité au coeur de la campagne électorale au Koweït

La politique d'austérité poursuivie par le gouvernement koweïtien en raison de la chute des prix du brut domine la campagne pour les législatives du 26 novembre dans l'émirat, dont la population est habituée à un système d'Etat-providence.

A l'instar des autres monarchies du Golfe, le Koweït a pris une série de mesures pour réduire ses dépenses publiques et augmenter ses revenus non-pétroliers dans le but de diversifier son économie.

Parmi ces mesures figurent une augmentation des prix de l'eau, de l'électricité et de l'essence, ce qui a provoqué une crise politique ayant conduit en octobre à la dissolution du Parlement et à la convocation d'élections anticipées.

"Le gouvernement a cherché à résoudre la crise économique en prélevant des fonds chez les citoyens, notamment via la hausse des prix de l'essence", a déclaré le candidat indépendant Hicham al-Baghli lors d'un rassemblement électoral cette semaine.

"Cette politique aura des conséquences graves pour les citoyens ordinaires", a averti l'ancien parlementaire.

Avant le début mi-2014 de l'effondrement des cours du brut, le Koweït, qui compte 4,3 millions d'habitants dont 3 millions d'étrangers, tirait du pétrole jusqu'à 95% de ses revenus.

Les recettes pétrolières ont chuté de 88,7 milliards d'euros durant l'exercice 2013/2014 à seulement 36,6 milliards d'euros durant le dernier exercice qui s'est terminé le 31 mars, selon des statistiques du ministère des Finances. Elles devraient se situer autour de 32 milliards d'euros cette année.

Les dépenses qui ont triplé à des niveaux record entre 2006 et 2015, principalement pour les salaires et les subventions, ont été réduites de moins de 15% lorsque les prix du brut ont perdu 60% de leur valeur.

Pays membre de l'Opep, le Koweït, qui pompe 3 millions de barils par jour (mbj), a en conséquence accusé un déficit budgétaire de 13,7 milliards d'euros en 2015/2016, le premier après 16 ans d'excédents.

Le gouvernement a libéralisé les prix du diesel et du kérosène, augmenté les prix de l'essence de 40% à 80% et décidé de relever les charges de l'électricité à partir de l'an prochain.

Des candidats en lice aux élections en ont fait leur cheval de bataille.

"Toucher aux revenus des citoyens par des mesures gouvernementales est une ligne rouge. Cela sera fermement contré par le prochain Parlement", a déclaré Askar al-Enezi, ancien député qui veut réintégrer la Chambre.

- 'Corruption rampante' -

"Nous ne permettrons pas au gouvernement de financer le déficit budgétaire (en puisant dans) la poche des citoyens", a menacé le candidat Jamal al-Omar, également ex-député, lors d'un rassemblement.

Le gouvernement a prévenu que, sans mesures d'austérité, il ne pourrait payer les salaires des fonctionnaires qui représentent plus de la moitié des dépenses publiques.

Pour Hamad al-Matar, candidat de l'opposition, la forte dépendance du pétrole a mis le Koweït dans une situation très précaire après la chute des prix.

"Ce qui a aggravé la crise économique, c'est la corruption rampante dans de nombreuses institutions de l'État", a-t-il ajouté.

Selon plusieurs candidats, dont M. Matar, le gouvernement n'a pas réussi à mener des réformes économiques et à diversifier ses sources de revenus pour réduire la dépendance du pétrole.

Pour combler son déficit budgétaire croissant, l'émirat a commencé à s'endetter pour la première fois en deux décennies.

Mardi, le ministre des Finances Anas al-Saleh a annoncé que le gouvernement avait émis sur le marché local des obligations de 4,2 milliards d'euros pour aider à financer le déficit budgétaire.

Une émission obligataire sera lancée début 2017 sur le marché international pour lever 9,2 milliards d'euros, selon le ministre.

Habitués à l'Etat-providence, les Koweïtiens ont mal digéré les nouvelles mesures d'austérité.

L'agence de notation Fitch a estimé mercredi que ces mesures ne seraient appliquées que partiellement.

"Des risques sont également élevés pour des réformes proposées (...) car elles pourraient s'avérer complexes et politiquement controversées", a-t-elle ajouté dans une étude.

Les législatives du 26 novembre sont marquées par le retour des grands groupes de l'opposition qui ont mis fin à quatre ans de boycott pour protester contre l'amendement du code électoral par le gouvernement.

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