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12/11/2016 18:00 EST | Actualisé 13/11/2017 00:12 EST

En Moldavie, deuxième tour de la présidentielle entre pro-russes et pro-européens

Les Moldaves se rendent aux urnes dimanche pour le deuxième tour de l'élection présidentielle où s'opposent le candidat pro-russe Igor Dodon et la candidate pro-européenne Maia Sandu.

Pour la première fois depuis 1997, le chef de l'Etat dans cette ex-république soviétique déchirée entre l'Est et l'Ouest sera élu au suffrage universel.

Les bureaux de vote ouvriront à 05H00 GMT dans ce pays de 3,5 millions d'habitants, ébranlé par une profonde crise politique après la découverte l'an passé d'une gigantesque fraude bancaire.

Ils fermeront à 19H00 GMT, mais aucun sondage de sortie des urnes n'a été mis en place et les premiers résultats sont attendus à 08H00 GMT lundi, selon la Commission électorale.

Quelque 3.200 observateurs moldaves et 562 étrangers étaient déployés dans les 2.000 bureaux de votes du pays pour le premier tour. Ils ont tous l'autorisation de surveiller le deuxième tour s'ils le souhaitent, selon la Commission.

Au premier tour le 30 octobre, Igor Dodon, chef du Parti des socialistes et ancien ministre de l'Economie dans un gouvernement dirigé par des communistes, a remporté plus de 47% des suffrages, échouant de peu à recueillir les 50% plus une voix nécessaires à la victoire.

La pro-européenne Maia Sandu, ancienne ministre de l'Education qui a travaillé au sein de la Banque mondiale, a recueilli 38% des voix.

Au deuxième tour, le candidat ayant remporté la simple majorité des voix gagne le scrutin.

"M. Dodon a de plus fortes chances d'être élu, vu son avantage d'environ 10% des voix au premier tour. Ce sera difficile pour Maia Sandu de les rattraper", dit à l'AFP l'analyste politique Anatol Tsaranu. "Mais ce n'est pas impossible".

- La Russie ou l'UE? -

Le scrutin dans ce pays niché entre l'Ukraine et la Roumanie a mis aux prises les partisans d'un rapprochement avec la Russie et les défenseurs d'une intégration à l'Union européenne.

"La vie en Moldavie est devenue insupportable, on a détruit le partenariat avec la Russie et perdu l'accès à un énorme marché" depuis la signature d'un accord d'association avec l'UE en 2014 au grand dam de Moscou, avait dénoncé M. Dodon peu avant le scrutin.

Il a promis d'oeuvrer pour modifier le volet économique de cet accord, "pour que nous puissions faire du commerce avec la Russie comme avec l'UE".

Signé en 2014 par les autorités pro-européennes moldaves, l'accord a notamment permis l'ouverture graduelle du marché européen aux produits moldaves dont les exportations vers l'UE se sont élevées à 2 milliards d'euros ces deux dernières années.

Mais cette démarche a suscité la colère de Moscou qui a aussitôt imposé un embargo sur les fruits et la viande moldaves, pénalisant une population vivant principalement de l'agriculture.

Pour sa part, Mme Sandu qualifie cet accord de "base pour le développement du pays".

"Je vais faire tout mon possible pour sa mise en place, car cet accord signifie des réformes et la lutte contre la corruption", a-t-elle assuré.

- Crise politique et économique -

La Moldavie, dont 78% de la population est composée de Roumains ethniques et environ 14% de Russes et d'Ukrainiens, est l'un des pays les plus pauvres d'Europe.

41% de sa population vit avec 5 dollars par jour, selon la Banque mondiale.

La Moldavie est par ailleurs ébranlée par une profonde crise politique, depuis la découverte l'an passé de la disparition d'un milliard de dollars des caisses de trois banques du pays, soit l'équivalent de 15% du produit intérieur brut (PIB).

Cette découverte avait provoqué d'énormes manifestations, réunissant aussi bien pro-européens que pro-russes, issus de forces de droite comme de gauche. Depuis, trois gouvernements pro-européens se sont succédés sans calmer la colère des Moldaves, qui jugent leur classe politique largement corrompue.

Un récent rapport de l'antenne moldave de Transparency International a qualifié le pays de "blanchisseur régional d'argent d'origine douteuse".

Pour sa part, le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé récemment un prêt de 178,7 milliards de dollars à la Moldavie pour renforcer son économie, tout en jugeant essentiel pour son versement intégral prévu sur trois ans "le soutien politique permanent et des réformes judiciaires" dans le pays.

ag-mp/mba