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08/11/2016 06:50 EST | Actualisé 09/11/2017 00:12 EST

Pollution à Delhi: Qu'attendez-vous ! dit la justice aux autorités

La justice indienne a accordé 48 heures au gouvernement pour lutter contre l'effarante pollution de New Delhi, un tribunal dénonçant l'incurie des autorités locales à l'heure où la communauté internationale est réunie pour le climat à la COP22 de Marrakech.

Un épais nuage de pollution recouvre depuis une dizaine de jours la capitale la plus polluée du monde selon l'Organisation mondiale de la santé, un épisode de pollution extrême qui a débuté lors des célébrations de la grande fête hindoue de Diwali fin octobre.

Au point que ces derniers temps, les habitants de Delhi se réveillent avec de la fumée jusque dans leur maison.

La justice a fustigé mardi la réponse insuffisante et tardive des autorités locales malgré la récurrence annuelle de cet épisode de pollution, qui atteint des sommets cet automne, lors d'une audience au sein d'un tribunal spécialisé sur les questions environnementales.

"Qu'est-ce que vous faisiez pendant qu'il y avait tout ce brouillard de pollution et que les niveaux de particules fines étaient au-delà des limites prescrites ?", a tonné le juge Swantanter Kumar, selon des propos rapportés par l'agence Press Trust of India.

Faisant référence à une technique utilisée à Pékin pour dissiper la pollution à la veille des jeux Olympiques de 2008, il a notamment lancé au gouvernement de Delhi: "pourquoi n'avez-vous pas utilisé des hélicoptères pour répandre de l'eau sur Delhi et ses environs ?"

La municipalité avait annoncé dimanche une fermeture des écoles pour trois jours ainsi que l'arrêt temporaire des chantiers de construction, alors que le "smog" enveloppait la ville depuis plus d'une semaine.

Sommée par la Cour suprême de présenter un plan sérieux, le gouvernement fédéral s'est lui vu accorder mardi deux jours.

"Donnez-moi deux jours. Nous allons avoir une réunion avec le secrétaire à l'Environnement et présenterons une réponse globale au problème de la pollution de Delhi", a plaidé devant les juges le solliciteur général, Ranjit Kumar, s'exprimant au nom du gouvernement central.

Les indices de pollution explosent depuis les fumées des pétards et feux artifices de la fête de Diwali, une pollution encore aggravée en raison des fumées provoquées par les brûlis des campagnes alentours, les émanations de véhicules et d'usines, conjointement à la chute du thermomètre.

Avec le refroidissement, les polluants ne se dissipent pas et la mégalopole se retrouve piégée dans un lourd brouillard asphyxiant.

Signe de temps exceptionnels, le sujet est cette année sur toutes les lèvres, affectant indifféremment riches et pauvres.

Médias et réseaux sociaux commentent et analysent à l'envi l'"airpocalypse" de la mégalopole.

En ville, la demande de masques filtrants et de purificateurs d'air a explosé. De longues queues se forment devant les magasins.

- Deux paquets de cigarettes par jour -

Mardi matin, l'ambassade américaine rapportait encore un taux de particules fines PM2.5 de 372 microgrammes par mètre cube d'air - là où l'OMS recommande une moyenne quotidienne de 25 - contre 778 la veille à la même heure, voire même près de 1.000 au cours des week-ends précédents.

Mais les jauges sont telles que même les organismes de personnes en bonne santé sont menacés. Respirer à Delhi actuellement équivaut à fumer deux paquets de cigarettes par jour.

Les PM2.5 sont particulièrement nocives car suffisamment microscopiques pour s'infiltrer dans le système sanguin et les poumons. Elles sont susceptibles de causer des cancers et des maladies cardiaques.

Quelques dispositions avaient été prises les années précédentes comme l'interdiction pour les vieux camions de circuler en ville, ou une brève expérimentation de circulation alternée.

À la veille de Diwali, le gouvernement de Delhi, ville de 17 millions d'habitants, avait annoncé qu'il allait installer des purificateurs d'air en extérieur. À cinq carrefours.

Un enfant sur sept dans le monde, soit 300 millions, est exposé à un air toxique qui dépasse jusqu'à six fois les normes internationales, selon un récent rapport de l'Unicef. Le plus important contingent d'enfants ainsi à risque est situé en Asie du Sud.

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