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08/11/2016 10:34 EST | Actualisé 08/11/2016 10:34 EST

Comment l'élection américaine affectera-t-elle l'Alberta?

Les Américains décident aujourd'hui du sort de leur nation. De ce côté-ci de la frontière, la question se pose : qu'est-ce qu'une présidence Trump ou une présidence Clinton peut signifier pour le Canada, et particulièrement pour l'Alberta? Pistes de réponses.

Un texte de Geneviève Normand

Il est vrai que la plupart des enjeux de Washington interpellent a priori le gouvernement fédéral. Toutefois, un dossier mort et enterré depuis un an pourrait renaître de ses cendres advenant une victoire de Donald Trump et intéresser la province de l'or noir : le dossier de Keystone XL.

Le projet de pipeline de la pétrolière TransCanada, que Barack Obama a rejeté en novembre 2015, vise à acheminer du pétrole albertain vers les raffineries américaines situées à proximité du golfe du Mexique.

Selon le professeur de sciences politiques au Campus Saint-Jean Frédéric Boily, l'élite politique et économique albertaine n'a pas de grandes attentes à l'égard de Donald Trump, si ce n'est ce tuyau sous-terrain pour transporter du brut. Le candidat républicain a déjà démontré son appui au projet en retour d'une part importante des profits.

« Une candidature Trump pourrait être, jusqu'à un certain point, favorable à l'Alberta compte tenu que M. Trump parlait en faveur de Keystone, a expliqué M. Boily. Mais hormis ça, il n'y a pas grand-chose qui pourrait être favorable à l'Alberta et même à l'ensemble du Canada ».

Un trio Notley-Trudeau-Clinton à la défense de l'environnement

La candidate démocrate, qui elle s'oppose à Keystone XL, veut suivre la trace de Barack Obama sur le plan environnemental. Hillary Clinton a affirmé, en septembre 2015, qu'il fallait considérer ce pipeline comme étant un projet qui va à l'encontre de la lutte contre les changements climatiques.

Si les Américains se réveillent le 9 novembre avec une présidente Clinton à la Maison-Blanche, le politologue Duane Bratt de l'Université Mount Royal croit que Rachel Notley, Justin Trudeau et Hillary Clinton travailleront de concert pour défendre l'environnement.

À cela, l'ancien ministre de l'Énergie et professeur à l'École des politiques publiques de l'Université de Calgary Ted Morton y entrevoit un avantage.

Il faut d'abord savoir que le gouvernement néo-démocrate introduira à compter du 1er janvier une taxe carbone en Alberta. Cette nouvelle taxe controversée s'appliquera aux Albertains, mais aussi aux producteurs énergétiques.

« Si nous on monte les taxes sur le carbone et les États-Unis ne font rien, c'est un désavantage du point de vue économique, du point de vue d'échange », a expliqué M. Morton.

En ce sens, il estime qu'une taxe américaine similaire à la taxe carbone albertaine – plus susceptible d'être introduite sous la présidence de Clinton que de Trump – serait dans l'intérêt des producteurs pétroliers et gaziers de l'Alberta. « Ça rendrait le marché plus compétitif », dit-il, puisque les règles du jeu seraient comparables d'un côté comme l'autre de la frontière.

Les États-Unis, partenaire commercial nº 1 de l'Alberta

Par ailleurs, l'Alberta gardera un œil bien ouvert sur la façon dont M. Trump ou Mme Clinton gérera le dossier des accords commerciaux.

« Les deux candidats sont plus dans une atmosphère de protectionnisme même si l'un l'est plus que l'autre », note Frédéric Boily. Ils veulent protéger l'économie américaine contre la concurrence étrangère.

Donald Trump veut renégocier – voire abolir – l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qu'il a déjà qualifié de « pire accord commercial jamais conclu ». Pour sa part, Hillary Clinton souhaite apporter des « ajustements » à l'ALENA, que son mari, l'ex-président américain Bill Clinton, a ratifié en 1993 avec le Canada et le Mexique.

«Je crois que Clinton sera mieux pour tout le Canada. Trump, il n'a pas d'expérience. Il ne comprend pas bien les questions des échanges. Il ne comprend pas même les relations internationales.»

- Ted Morton, professeur, École des politiques publiques, Univ. de Calgary et ancien ministre provincial

Or, pour l'Alberta, une renégociation de cet accord commercial pourrait engendrer d'importantes répercussions économiques. L'année dernière seulement, 87 % de toutes les exportations de la province ont été destinées aux États-Unis, ce qui représente 80,6 milliards de dollars.

« Nous ne pouvons pas sous-estimer à quel point les États-Unis sont importants pour l'Alberta et notre économie », a indiqué l'économiste en chef à la Financière ATB, Todd Hirsch.

Les exportations albertaines chez nos voisins du sud proviennent de différents secteurs d'activité, le plus important étant sans surprise le secteur énergétique, dont le commerce est régi par l'ALENA.

Enfin, d'après les observations de Duane Bratt, les Canadiens s'associent généralement davantage au Parti démocrate, alors que les Albertains – de par leurs racines conservatrices – se rapprochent plus des idéologies républicaines. Or, dans cette élection-ci, « Trump ne remporterait pas le cœur des Albertains », parie-t-il.

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