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06/11/2016 10:57 EST | Actualisé 07/11/2016 08:15 EST

Ce couple de Saint-Hyacinthe doit payer 18 000 $ en frais d'avocat pour rien (VIDÉO)

Pour eux, c'était un vice caché.

Après s'être endetté dans une poursuite pour vices cachés, un couple de Saint-Hyacinthe doit abandonner son recours sans avoir jamais mis les pieds au palais de justice.

En 2010, Nathalie Phaneuf et Sylvain Savaria découvrent une infiltration d'eau dans le sous-sol de la maison qu'ils viennent d'acheter. Un expert évalue les réparations à 57 000 $.

Pour eux, c'est un vice caché. Incapables de s'entendre avec les anciens propriétaires, ils décident d'aller voir un avocat. Ce dernier est clair : la cause pourrait durer jusqu'à trois ans et coûter jusqu'à 20 000 $ en frais juridiques.

«On n'avait pas les moyens, mais on se disait : " Si on lâche, on ne réparera jamais la maison ".» - Nathalie Phaneuf

Finalement, sur les conseils de leur avocat, le couple dépose un recours de 72 000 $ à la Cour supérieure de Saint-Hyacinthe.

« C'est sûr qu'à partir de ce moment-là, on a pigé dans les petites réserves qu'on avait. On a commencé à faire des prêts, des demandes de marge de crédit pour payer chaque fois », raconte Sylvain Savaria.

Des procès trop longs

Deux ans plus tard, les avocats se présentent au tribunal pour réclamer trois jours et demi de procès. Mais, coup de théâtre : le juge rejette leur demande. Pour lui, c'est trop long. Et il n'est pas le seul; le juge en chef de la Cour supérieure, Jacques R. Fournier, est du même avis.

Ce qui prenait une journée, une journée et demie, peut prendre trois, quatre, cinq et, des fois, six jours pour des enjeux similaires à ceux qui étaient en dispute, il y a 40 ans. Alors il y a une dérive, quelque part. - Le juge Jacques R. Fournier.

Selon le juge Fournier, cette dérive s'explique par la multiplication des expertises et des témoignages demandés par les avocats. Or, l'avocat des anciens propriétaires voit les choses autrement.

On met beaucoup l'accent sur " Essayez de réduire, essayez de réduire. " On peut bien réduire un dossier le plus qu'on peut, mais on a une preuve à faire. - Me Éric Cloutier

Dans le dossier des Phaneuf-Savaria, les parties tentent de négocier, mais ne peuvent en arriver à une entente. Le procès est donc inévitable. Alors que le couple a déjà englouti 17 971 $ en frais juridiques, leur avocat annonce qu'il faudra débourser 10 000 $ de plus.

«À ce moment-là, on s'est dit que, financièrement, on ne pouvait pas continuer, qu'il fallait arrêter les démarches.» - Sylvain Savaria

À bout de souffle, le couple abandonne les procédures sans avoir foulé le sol du palais de justice et sans savoir s'il aurait eu gain de cause.

« On dit tout le temps qu'on a un grand système judiciaire, et je pense que c'est vrai. Peut-être un des meilleurs au monde. Mais si les gens ne peuvent plus l'utiliser, autant ne pas en avoir », observe le juge Jacques R. Fournier.

Les Phaneuf-Savaria n'ont toujours pas fini de payer la dette liée à cette poursuite. Ils évaluent qu'ils devront encore payer pendant plusieurs années.

On a abîmé cinq ans de la vie de nos enfants pour de l'eau dans un sous-sol. - Sylvain Savaria

Régler plus vite les causes sur les vices cachés

Depuis janvier dernier, le nouveau Code de procédure civile donne plus de pouvoirs aux juges, tant sur les délais que sur les dossiers.

Quand on lui demande si un juge pourrait dire aux avocats représentant les parties dans un dossier de vices cachés de réduire de cinq à deux jours la durée de procès, le juge en chef de la Cour supérieure répond : « Non seulement je le peux, mais je le dois. »

« Quand on aura réussi à couper dans les temps de procès de façon substantielle, on va avoir une justice drôlement plus efficace. Une justice plus orientée vers le résultat. Et le résultat final, il faut que les deux justiciables y trouvent leur compte », note Jacques R. Fournier.

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