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04/11/2016 07:54 EDT | Actualisé 05/11/2017 01:12 EDT

Une première joueuse dans une ligue de hockey senior au Nouveau-Brunswick

Une ancienne joueuse de hockey des Carabins de l'Université de Montréal est sur le point de briser une nouvelle barrière au Nouveau-Brunswick.

Élodie Rousseau-Sirois va garder les buts d'une équipe de hockey senior dans le nord-ouest de la province. C'est la première femme à jouer dans le circuit régional de hockey, une ligue qui regroupe, entre autres, d'anciens joueurs universitaires et de junior majeur.

La jeune femme de 25 ans est de retour chez elle, à Pohénégamook, dans le Bas-Saint-Laurent. Elle s'est trouvé un emploi d'architecte-paysagiste après avoir obtenu son diplôme de l'Université de Montréal. Mais après avoir vécu les frissons d'une victoire au Championnat canadien et des médailles aux Universiades, elle voulait poursuivre le hockey, son autre passion.

« J'ai communiqué avec les Panthères du Haut-Madawaska, au Nouveau-Brunswick, et je leur ai dit : "Je suis gardienne de but, je reviens en région, je suis intéressée à me joindre à vous", raconte Élodie. J'ai participé au camp et on m'a offert un poste à la fin. »

Toutes les semaines, elle effectue le voyage d'une heure entre Pohénégamook et Saint-François de Madawaska, une municipalité en bordure de la frontière canado-américaine. Ce sont 140 kilomètres, aller-retour, de deux à trois fois par semaine.

« Pour moi, c'est un bonus de pouvoir poursuivre ma carrière avec les gars, parce que je vais chercher une qualité de jeu que je n'avais pas dans le féminin », explique la gardienne.

L'adaptation, la clé

L'entraîneur de l'équipe, Bernard Chiasson, a dirigé et côtoyé beaucoup de bons joueurs dans sa carrière. Il est impressionné par la détermination de sa nouvelle acquisition.

« Non, on ne lui fait pas de faveur pantoute, du tout! Tout de suite, mon premier gardien, c'est Billy Asselin, l'un des meilleurs dans la ligue. Puis, après lui, c'est elle », lance M. Chiasson.

Élodie est bien acceptée par ses coéquipiers. Elle compte déjà plusieurs amis d'enfance avec les Panthères.

Il y a tout de même une certaine adaptation.

« Dans les arénas, ils s'adaptent. Ça prend une chambre pour les filles, par exemple. Ici, la gang m'a super bien accueillie. Au début, une fille, tout le monde trouvait ça drôle », dit Élodie, en souriant.

Mais, tout s'est fait en douceur. Lorsque tous les joueurs ont endossé leur uniforme, la gardienne se joint au groupe. Et, elle ne se sent pas exclue du groupe, même si elle ne partage pas tout le temps le vestiaire de l'équipe.

Pour ce qui est des discussions de « chambre de hockey », qu'on imagine parfois grivoises ou déplacées, l'ancienne des Carabins dit n'avoir rien entendu de choquant.

« Une chambre de hockey, ça reste une chambre de hockey, que ça soit partout, réplique-t-elle en riant. Je vous dirais que ce soit juste des filles ou juste des gars, il y a toutes sortes de blagues. Il n'y a pas de problème à ce niveau-là. »

Là où elle doit travailler, c'est sur son synchronisme. Il lui manque, parfois, la fameuse fraction de seconde qui peut faire la différence entre un arrêt et un but. Lors de notre passage mercredi soir, à l'entraînement, la gardienne a montré de belles aptitudes. Et déjà, on voit qu'elle s'en tire bien.

Alexandre Soucy a joué avec les Aigles bleus de l'Université de Moncton il y a une dizaine d'années. C'est le capitaine des Panthères. Il aime la force de caractère de sa nouvelle coéquipière et sa progression rapide.

« Elle prend beaucoup de place dans le filet. Elle est rapide, c'est ça qui est surprenant. C'est comme je disais aux gars dans la chambre : "Tu lui enlèves la couette de cheveux derrière le casque et tu ne pourrais jamais penser que c'est une femme dans les filets. »

S'ajuster au calibre de jeu

Le hockey de niveau senior a souvent mauvaise réputation. Le jeu est rude, parfois vicieux, à la limite de l'acceptable. La situation a beaucoup changé, mais la réputation reste. Cela n'a pas effrayé la recrue.

« Tu y penses un peu. Mais, s'il y a quelqu'un qui s'est inquiété, je vous dirais que ce sont mes parents, se rappelle Élodie, en éclatant de rire. Là, ma mère disait : "As-tu peur?" Non, je n'ai pas peur, ça reste du hockey. Oui, il y a des contacts physiques, mais ce sont les risques associés au calibre de jeu. »

Pour la force des tirs, plus durs parfois que ceux des femmes, la gardienne répond que les pièces d'équipements sont les mêmes pour les cerbères masculin et féminin. Donc, les bobos seront les mêmes!

Élodie est donc prête à prendre le taureau par les cornes. Elle espère qu'elle va réussir, car il n'y a pas d'autres options pour jouer à un haut niveau.

« J'aurais pu me joindre aux Canadiennes de Montréal, dans la ligue professionnelle. Mais les déplacements entre Pohénégamook et Montréal auraient été trop longs. Et je voulais revenir dans la région. »

Les débouchés sont presque nuls pour les joueuses après leur carrière universitaire, contrairement aux hommes. Les ligues uniquement féminines sont très rares... Et inexistantes en région. Élodie espère qu'un jour ça changera.

Son coéquipier Alexandre Soucy, lui, est plus optimiste.

« C'est bon pour le Circuit régional. Ça donne aussi espoir aux plus jeunes. On voit de plus en plus des filles au hockey mineur. Je crois que ça va les encourager. »

Il pense même qu'un jour, les occasions seront plus nombreuses pour les hockeyeuses de haut niveau.