NOUVELLES
04/11/2016 01:16 EDT | Actualisé 05/11/2017 01:12 EDT

Turquie: les chefs du principal parti prokurde en garde à vue

Les autorités turques ont arrêté vendredi les dirigeants et plusieurs députés du principal parti prokurde de Turquie, quelques heures avant une attaque à la voiture piégée qui a fait au moins un tué et des dizaines de blessés à Diyarbakir, dans le sud-est pays.

L'interpellation dans la nuit de jeudi à vendredi de Selahattin Demirtas et de Mme Figen Yüksekdag, qui dirigent conjointement le Parti démocratique des peuples (HDP), représente une escalade dans les purges lancées par le gouvernement après le coup d'Etat manqué en juillet et qui ont notamment touché de plein fouet les milieux prokurdes.

Les coprésidents du HDP, deuxième parti d'opposition en Turquie, ont été présentés vendredi matin à des magistrats qui devaient décider de leur éventuel placement en détention dans le cadre d'une enquête "antiterroriste" liée au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), selon l'agence de presse progouvernementale Anadolu.

Pendant leur audition à Diyarbakir, au moins une personne a été tuée et 30 ont été blessées par l'explosion d'un véhicule piégé devant un bâtiment de la police de la ville, une attaque qui porte la marque du PKK, une organisation classée "terroriste" par Ankara, Washington et Bruxelles.

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s'est dite "extrêmement inquiète" par ces interpellations et a indiqué sur Twitter qu'elle allait convoquer une réunion des ambassadeurs de l'UE à Ankara.

Au total, au moins 11 députés du HDP --dont les deux coprésidents-- ont été placés en garde à vue, selon une liste diffusée par le parti et par le ministère de l'Intérieur. Parmi eux, figurent des poids lourds, comme Idris Baluken, président du groupe parlementaire HDP, et Sirri Süreyya Önder, figure respectée de la cause kurde.

"Le HDP appelle la communauté internationale à réagir contre ce coup du régime d'Erdogan", a déclaré le parti sur son compte Twitter.

- 'Emmener par la force' -

M. Demirtas et Mme Yüksekdag font l'objet de plusieurs enquêtes pour des liens présumés avec les rebelles kurdes. Selon Anadolu, leur placement en garde à vue a été décidé après qu'ils ont refusé de répondre à des convocations judiciaires.

Avec l'état d'urgence depuis la tentative de coup d'Etat du 15 juillet, des ONG accusent les autorités turques de cibler des médias critiques et des opposants sous couvert de lutte contre les putschistes présumés.

Le week-end dernier, les deux maires de Diyarbakir ont été placés en détention et une douzaine de médias prokurdes ont été fermés par décret.

Ces mesures ont aggravé les tensions dans le sud-est du pays, ensanglanté par des combats quotidiens entre le PKK et les forces de sécurité depuis la rupture, à l'été 2015, d'un fragile cessez-le-feu, qui a sonné le glas du processus de paix pour mettre un terme à un conflit ayant fait plus de 40.000 morts depuis 1984.

Deux témoins ont affirmé à l'AFP que l'explosion de vendredi à Diyarbakir était due à un "minibus piégé". Et le gouvernorat de Diyarbakir a pointé du doigt le PKK.

Le président Erdogan considère que le HDP est étroitement lié au PKK et a fait savoir qu'il ne considérait plus cette formation comme un interlocuteur légitime, qualifiant régulièrement ses membres de "terroristes".

En mai, le Parlement turc a voté la levée de l'immunité des députés menacés de poursuites judiciaires, une mesure contestée visant notamment les élus du HDP.

"Ceux qui veulent nous interroger devront nous emmener par la force. Nous n'irons pas de notre plein gré", avait alors défié M. Demirtas.

Parfois surnommé l'"Obama kurde" en raison de son charisme, M. Demirtas a longtemps été considéré le seul rival potentiel de M. Erdogan sur une scène politique dominée par le chef de l'Etat turc.

Sous son impulsion, le HDP a élargi sa base électorale au-delà de la seule communauté kurde de Turquie (15 millions de personnes) et s'est transformé en un parti moderne, à la fibre sociale et ouvert aux femmes et à toutes les minorités.

Le HDP, qui dément être l'"aile politique" du PKK, s'oppose farouchement au projet de réforme constitutionnelle visant à instaurer un régime présidentiel que défend le gouvernement.

mb-gkg/pt