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04/11/2016 11:43 EDT | Actualisé 05/11/2017 01:12 EDT

Sous l'oeil de Bruxelles, le Portugal adopte un budget marqué par la rigueur

La majorité de gauche au Parlement portugais a adopté vendredi en première lecture le projet de budget 2017, censé rassurer Bruxelles sur la maîtrise des dépenses sans renier la promesse d'alléger l'austérité.

"Ce budget respecte nos engagements envers les Portugais, la majorité parlementaire et l'Union européenne. J'ai la conscience tranquille", a assuré dans l'hémicycle le Premier ministre socialiste Antonio Costa.

"Après un déficit de 2,4% du PIB en 2016, le plus bas de l'histoire de la démocratie portugaise, nous allons le réduire encore davantage en 2017, à 1,6%", a fait valoir son ministre des Finances Mario Centeno.

Une discipline budgétaire qui n'est guère du goût de ses alliés anti-austérité: "Comment un pays à problèmes comme le Portugal peut s'offrir le luxe de présenter le plus gros excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de l'Union européenne?", a lancé ainsi Mariana Mortagua, députée du Bloc de gauche.

Et le Parti communiste, l'autre partenaire du gouvernement, est revenu à la charge pour réclamer une renégociation de la dette publique du Portugal, la troisième plus élevée dans la zone euro, derrière la Grèce et l'Italie, atteignant 131,6% du PIB.

-'Renégocier la dette'-

"Le Portugal ne peut pas continuer à supporter le fardeau de cette énorme dette impossible à rembourser. Il faut réduire les taux d'intérêt pour libérer les ressources nécessaires au développement économique et social du pays", a réclamé le député communiste Paulo Sa.

Très réticent face à un tel scénario, Mario Centeno a fini par entrouvrir une porte: "Le Portugal doit bénéficier d'une réduction des taux d'intérêt de sa dette, mais cette discussion ne peut avoir lieu que dans un contexte européen".

Une renégociation séparée de la dette du pays a été jusqu'ici exclue par le Parti socialiste, qui mise sur une initiative en commun avec d'autres pays européens pour avancer sur le sujet.

Dans le viseur des marchés, le taux d'emprunt du Portugal à dix ans avait atteint 3,5% début octobre, un niveau nettement supérieur à ceux de l'Espagne ou de l'Italie, avant de redescendre autour de 3,2%.

Si le budget freine les dépenses des ministères et l'investissement public, il prévoit aussi la suppression progressive d'une surtaxe sur les salaires, la fin des coupes dans les revenus des fonctionnaires et une revalorisation des retraites les plus modestes.

- Taxe sur l'immobilier -

Arrivé au pouvoir en novembre 2015 grâce à une alliance avec la gauche radicale, le gouvernement socialiste est revenu sur une série de mesures de rigueur instaurées par la droite après l'appel à l'aide internationale en 2011.

"Après la hausse d'impôts colossale et toutes ces années où les Portugais ont vu leurs revenus diminuer, nous poursuivons l'inversion de cette politique", a expliqué M. Centeno.

Alors que le Portugal fait partie des sept membres de la zone euro auxquels Bruxelles a réclamé des éclaircissements sur leurs prévisions budgétaires, l'heure semble plutôt à la clémence.

Ce budget "paraît respecter les règles" européennes, avait ainsi estimé fin octobre le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

Le gouvernement socialiste, qui avait évité de justesse une amende pour dérapage des comptes en 2015, tout comme l'Espagne, a été pressé par Bruxelles d'adopter un budget marqué par la rigueur pour échapper au gel de ses fonds européens.

Si Antonio Costa a tenu ses promesses électorales en améliorant les revenus des Portugais, il a aussi instauré une série de hausses d'impôts indirects pesant sur leurs portefeuilles (alcool, tabac, automobile), afin de répondre aux exigences de Bruxelles.

Le Portugal prélèvera en outre à partir de 2017 une taxe sur le patrimoine immobilier des contribuables fortunés, d'une valeur fiscale supérieure à 600.000 euros, une mesure qui a fait bondir les professionnels du secteur et inquiète les investisseurs.

bh/fjb