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03/11/2016 21:45 EDT | Actualisé 04/11/2017 01:12 EDT

Les catholiques albanais célèbrent leurs martyrs du communisme

Torturés à mort, pendus par les pieds, fusillés, précipités dans les sables mouvants, tués à la tâche: les catholiques albanais célèbrent samedi la béatification de 38 des leurs, assassinés par la dictature communiste.

Aujourd'hui âgé de 88 ans, Ernest Simoni a survécu. Condamné à mort pour avoir célébré une messe en mémoire du président américain John Kennedy, il a finalement purgé 18 ans de travaux forcés, en prison puis dans les champs.

Pour les deux-tiers, ce fut dans les mines de pyrite de Spaç, dont les Albanais ne savaient rien sinon qu'on revenait rarement de cet endroit coupé du monde des vivants, dans les montagnes désertes d'Albanie, à plus de 100 kilomètres au nord de Tirana.

Dans les profondeurs des galeries de Spaç reposent encore les dépouilles de centaines de victimes disparues du régime d'Hoxha.

"La foi dans le Christ était notre seule lueur d'espoir de vie dans l'enfer communiste", dit le religieux, qui avait échappé à la brutale répression d'une révolte des prisonniers en 1973.

Il deviendra le 19 novembre le deuxième Albanais élevé cardinal, après Ernest Koliqi, mort en 1997 à 92 ans, qui a passé 32 ans dans les camps et les prisons communistes.

S'il y a un précepte marxiste que le tyran Enver Hoxha se plaisait à répéter, c'était celui de la religion "opium du peuple" qu'il entendait éradiquer de son pays, déclaré officiellement athée en 1967.

Il lance les organisations de jeunesse dans la destruction de 1.280 églises ou mosquées, parfois transformées en salles de sport ou de spectacle.

Sept évêques, 111 prêtres, 10 séminaristes et 8 religieuses sont morts en détention ou ont été exécutés entre 1945 et 1985. Tour à tour accusés d'avoir caché des armes pour renverser le système, d'être des espions ou des traîtres.

- 'Vivre dans les catacombes'-

Le 3 février 2001, le Pape Jean Paul II avait salué cette communauté catholique poussée durant un "demi-siècle de dictature communiste", "à vivre dans les catacombes", allusion aux chrétiens persécutés de Rome.

Trente-huit de ces catholiques assassinés seront béatifiés samedi dans la cathédrale de Shkodra, où vit une importante communauté catholique et dont le cimetière de Rrmaj a été le théâtre d'exécutions. Parmi les béatifiés figurent deux religieux allemands et un italien, Giovanni Faustini, fusillé en mars 1946 à 47 ans.

Lui-même emprisonné dix ans pour avoir écrit une "Lettre à Lucifer" destinée à Hoxha, le prêtre Gjergj Simoni, 82 ans, raconte leur histoire devant leurs photos exposées dans le musée de la cathédrale de Shkodra: Marie Tuci, une jeune femme morte des suites de tortures ; le prêtre Pjetër Cuni, qui n'a pas survécu à une pendaison par les pieds ; un autre religieux, Lekë Sirdani, encore vivant quand il fut jeté dans une fosse d'aisance ; Josif Papamihaili, avalé par les sables mouvants du marais de Maliq.

"Comment est-il possible que l'homme invente ces tortures pour humilier des gens qui ont refusé d'abdiquer et n'ont jamais trahi leur foi?", demande Angelo Massafra, archevêque de Shkodra.

Vêtue de noir, Drane Malaj, 71 ans, tient des photos jaunies de son oncle, Ded Malaj, un prêtre fusillé avec deux autres personnes en 1959 au sud de la ville, près du lac de Buna à Shkodra, où sa dépouille a été retrouvée après une quarantaine d'années: désormais, "il a une tombe et sera reconnu martyr au nom du Dieu", dit-elle.

Plus de trente ans après la mort d'Hoxha, le rêve du dictateur de diriger un pays athée s'est évanoui. Selon l'Institut national des statistiques (Instat), 56,7% des Albanais se disent musulmans, plus de 10% catholiques, près de 7% orthodoxes. Moins d'un sur huit (13,79%) refuse de répondre à cette question.

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