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04/11/2016 06:21 EDT | Actualisé 05/11/2017 01:12 EDT

Le Brexit et la haine

Appels au viol et au meurtre, des juges qualifiés de traitres et menacés de pendaison: la décision de la Haute Cour donnant au Parlement britannique un droit de vote sur le Brexit remue les passions avec des relents à nouveau violents.

A la manoeuvre, la presse tabloïd, toujours plus virulente, toujours plus excessive. Empruntant aux avis de recherche convoités par les chasseurs de primes, le Daily Mail affichait vendredi la photo des trois juges de la Haute Cour, traités en lettres capitales d'"ennemis du peuple", et dénonçait dans ses colonnes "un coup d'Etat".

Son éditorialiste vedette, Richard Littlejohn, enrage en faisant allusion aux plaignants: "Nous ne pouvons pas laisser un citadin snobinard et un coiffeur brésilien faire dérailler le Brexit".

Cette fois, le quotidien conservateur d'habitude plus modéré bien qu'europhobe, le Daily Telegraph, adopte les mêmes procédés et la même rhétorique: "Les juges contre le peuple", clame-t-il en une avec les photos des trois magistrats.

Il laisse sa première page à Nigel Farage, le chef populiste du parti anti-européen Ukip, qui justifie "l'énorme colère" des électeurs pro-Brexit en dénonçant "l'insupportable arrogance" des juges, "l'élite friquée" et "l'establishment" qui tentent de faire dérailler le Brexit.

Jeudi, la Haute Cour de justice britannique a porté un coup au gouvernement de Theresa May en décidant que le Parlement britannique devra voter sur le processus de sortie de l'Union européenne. Cette décision pourrait ralentir le Brexit et peser sur les négociations. Le gouvernement a aussitôt interjecté appel devant la Cour Suprême dont une décision est attendue début décembre.

Le Daily Express remplit lui aussi sa première page d'un énorme "Nous devons sortir de l'UE". "Fight! Fight! Fight!" (Luttez! Luttez! Luttez!") conclut son éditorialiste d'un ton martial, après avoir dénoncé une "gifle à tous les électeurs du référendum".

- Menaces de mort -

L'une des plaignantes, Gina Miller, est depuis le dépôt de la plainte la cible de menaces de mort.

"J'ai reçu des menaces de mort. Apparemment, ma tête devrait figurer au Traitors Gate", la porte par laquelle les prisonniers entraient à la Tour de Londres au XVIe siècle, racontait récemment à l'AFP Mme Miller, 51 ans, cofondatrice du gestionnaire de fonds SCM Direct.

Depuis le jugement, les menaces ont redoublé, via les réseaux sociaux, et Mme Miller reste une cible privilégiée.

"Gina Miller devrait être pendue comme traitre à la démocratie", peut-on ainsi lire sur Facebook. Une photo d'elle avec une swastika sur le front et le commentaire: "Qui va m'aider à violer cette chienne? Signez ici", a aussi circulé sur ce réseau, selon le quotidien Times. "Les trois juges qui ont bloqué le Brexit seront pendus au pont de Londres lorsque la révolte éclatera", peut-on lire par ailleurs sur Twitter.

Des outrances et des dérapages avaient déjà accompagné le Brexit pendant la campagne du référendum du 23 juin, qui a décidé à 52% des voix la sortie de l'UE. Ils avaient contribué à préparer le terrain au meurtre en juin de la députée travailliste europhile Jo Cox.

Le référendum a laissé un pays profondément divisé entre partisans et adversaires de l'UE. Le clivage reste profond et passe à présent entre partisans et adversaires d'un brexit "dur", qui privilégierait le contrôle de l'immigration avec une sortie du marché unique, et une version plus "allégée", avec une dose d'accès au marché unique et de contrôle de l'immigration.

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