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04/11/2016 02:36 EDT | Actualisé 05/11/2017 01:12 EDT

La Corée du Sud, une histoire de cultes

La présidente sud-coréenne Park Geun-Hye est engluée dans un retentissant scandale politique qui a pris un tour insolite, avec de multiples accusations pour la plupart non étayées de chamanisme.

Mme Park dément formellement ces allégations relayées par les médias sud-coréens mais elles ont une résonance particulière dans un pays familier des cultes et des gourous, dont certains ont amassé influence et richesse considérables.

Voici quelques questions sur les pratiques religieuses et spirituelles en Corée du Sud.

- Pourquoi évoquer les cultes religieux? -

Choi Soon-Sil, la femme au coeur du scandale politique, amie de 40 ans de la présidente, est la fille d'un mystérieux chef religieux, Choi Tae-Min.

Au début des années 1970, celui-ci avait fondé un mouvement connu sous le nom d'Eglise de la vie éternelle, mêlant des éléments du bouddhisme, du christianisme et du chamanisme.

Il avait fait figure de mentor pour la jeune Park. D'après des médias sud-coréens, sa fille et la présidente, devenues des adeptes de son mouvement, auraient continué à pratiquer des rituels chamaniques après sa mort en 1994, ce qu'a démenti sans équivoque la présidente vendredi dans une adresse à la nation.

- Quelle est l'influence de la religion en Corée du Sud? -

D'après le dernier recensement incluant cette question, mené en 2005, près de 30% des Sud-Coréens se disaient chrétiens contre 23% se déclarant bouddhistes.

Les chrétiens sud-coréens sont particulièrement prosélytes, souvent évangélistes, et dépêchent à l'étranger plus de missionnaires que n'importe quel pays à l'exception des Etats-Unis.

Les églises, de toute taille, se sont multipliées. Certaines ont amassé des fortunes considérables, les fidèles leur versant jusqu'à 10% de leur salaire mensuel.

La pratique du chamanisme, vieille de plusieurs siècles, est très prégnante dans la culture coréenne, se mêlant aux religions institutionnelles.

De nombreux Coréens, jeunes comme vieux, recherchent toujours les conseils de chamanes sur des sujets comme le mariage, l'éducation ou leur vie professionnelle.

- Qu'en est-il des cultes religieux? -

Il n'existe aucune donnée fiable sur leur nombre en Corée du Sud. Mais de nombreux mouvements et églises marginales -les estimations vont de dizaines à plusieurs centaines- se sont attiré ce label.

Certaines ont été accusées de fraude, de lavage de cerveau, de coercition, et d'autres types de comportements considérés comme sectaires.

Nombre de ces mouvements sont de type messianique, avec à leur tête des "gourous" revendiquant un statut divin, et profondément "coréano-centriques", prônant une forme de nationalisme spirituel centré sur l'idée que les Coréens sont le peuple élu.

D'après Park Hyung-Tack, président de l'Institut coréen de recherche sur l'hérésie chrétienne, il y a actuellement une cinquantaine de leaders religieux en Corée du Sud qui se proclament "Jésus revenu sur Terre, voire Dieu lui-même".

- Des exemples? -

L'un des mouvements les plus importants est celui de la Providence, appelé aussi Jésus, étoile du matin (JMS), dissidence de l'Eglise de l'Unification du "messie" controversé Moon, fondé par Jung Myung-Seok en 1980.

En 2009, Jung, qui se faisait appeler "Arbre de la vie", avait été condamné à 10 ans de réclusion pour le viol de quatre fidèles.

Guwonpa ("Secte du salut") avait fait les gros titres lorsque son leader Yoo Byung-Eun était devenu la cible d'une chasse à l'homme nationale. Avec sa famille, il dirigeait l'entreprise gestionnaire du ferry Sewol dont le naufrage en 2014 avait coûté la vie à plus de 300 personnes, pour la plupart des lycéens. Son corps en décomposition avait été retrouvé dans un champ.

En 1987, 32 fidèles d'une secte apocalyptique appelée Odaeyang avaient été retrouvés morts, vraisemblablement victimes d'un pacte de suicide et/ou de meurtre.

- Pourquoi ce terreau favorable? -

De nombreuses théories existent mais plusieurs experts estiment que les cultes --et la religion en général-- se sont renforcés durant des périodes dramatiques de l'histoire coréenne, règne colonial japonais (1910-45), guerre de Corée (1950-53) ou les décennies de règne militaire qui ont suivi.

Les mouvements religieux apportaient réconfort et espoir de salut, expliquent-ils. Dans leurs version plus moderne, ces cultes disent éclairer la voie vers la prospérité matérielle et spirituelle, message qui passe bien dans une société très concurrentielle.

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