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04/11/2016 00:36 EDT | Actualisé 04/11/2017 01:12 EDT

Écran noir imposé à une télévision indienne pour 24h

Des journalistes indiens ont accusé vendredi leur gouvernement d'imposer une censure renvoyant aux dérives autoritaires des années 1970 après l'ordre d'interruption d'une chaîne d'information en continu pour 24h.

Estimant que la chaîne NDTV avait révélé "des informations stratégiquement sensibles" lors de sa couverture d'une attaque contre une base militaire indienne en janvier dernier, une commission gouvernementale a condamné la chaîne à interrompre ses programmes pendant 24h la semaine prochaine.

Selon cette commission, un reportage de NDTV pendant l'assaut de la base de Pathankot au Pendjab (nord) par un groupe jihadiste basé au Pakistan comportait des détails sur l'aviation ou l'armement dans le complexe militaire "qui ont pu être utilisés par les terroristes eux-mêmes ou leurs coordinateurs pour causer d'importants dégâts".

L'assaut avait coûté la vie à sept militaires indiens.

NDTV sera interdite d'émettre le 9 novembre "pour avoir enfreint la loi sur la télévision", qui limite la liberté de la presse dans les situations sécuritaires critiques, a indiqué à l'AFP un porte-parole du ministère de l'Information.

Si l'Inde a par le passé déjà suspendu des télévisions, c'est la première fois que cette législation est utilisée pour retirer une chaîne d'information des écrans.

NDTV, qui a eu plusieurs accrochages avec le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi, dénonce une sanction "dirigée" spécifiquement contre elle. Elle affirme que sa couverture était identique à celle de ses concurrents.

Le média a agité le spectre de l'état d'urgence, période de dérive autoritaire de la Première ministre Indira Gandhi entre 1975 et 1977 où les droits fondamentaux avaient été suspendus.

"Après les sombres jours de l'état d'urgence où la presse était muselée, il est extraordinaire de recourir aux mêmes procédés contre NDTV", a dénoncé la télévision dans un communiqué.

"Imposer une interdiction sans intervention judiciaire ou supervision viole les principes fondamentaux de liberté de la presse", a dénoncé la guilde des rédacteurs en chef de l'Inde.

Rajdeep Sardesai, l'un des présentateurs vedettes de la chaîne concurrente India Today, a lancé sur sur Twitter: "aujourd'hui NDTV, et demain ?"

L'Inde est classée 133e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.

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