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04/11/2016 04:16 EDT | Actualisé 05/11/2017 01:12 EDT

Derbies en série - Arsenal-Tottenham, à en perdre le Nord

Un saut en bus sur Seven Sisters Road et vous êtes chez l'ennemi: le derby du nord de Londres entre Arsenal et Tottenham, dimanche, est l'un des plus féroces... et des plus intimes aussi tant il sépare voisins, familles et collègues.

Pour le profane, cette rivalité entre deux clubs distants de six kilomètres peut paraître un peu terne comparée aux débordements d'un Rangers-Celtic ou d'un Roma-Lazio. Mais dans les boroughs du nord, elle est avant tout un combat intérieur, au coeur des foyers ou des bureaux.

"Les deux clubs attirent des supporteurs du même coin du nord de Londres. Les familles, les collègues sont partagés entre les deux clubs", décrit Martin Cloake, auteur d'un ouvrage historique sur Tottenham.

"Vous ne pouvez pas vraiment en vouloir à votre famille", explique Ian Marshall, président du petit club de Ridgeway Rovers où David Beckham et Harry Kane ont tapé dans leurs premiers ballons. L'homme se souvient de son oncle, qui a essayé d'en faire un fan des "Gunners" pendant toute son enfance.

"Vous devez faire vos propres choix à un moment donné", explique-t-il, plutôt soulagé que ses deux fils aient embrassé son amour de Tottenham.

"Il peut y avoir de la haine. (Mais) Peut-être plutôt du désamour", continue Martin Cloake. "Nous connaissons tous des fans d'Arsenal avec qui nous nous entendons bien. Certains vont trop loin. Je pense que si vous supportez Arsenal, ça suffit, c'est déjà votre malheur."

- 'Je hais ce match' -

Si Cloake estime que ce derby est LE match à ne pas manquer, Peggy Goulding préfère s'en méfier.

"Je hais ce match", affirme la présidente de l'Arsenal Football Supporters Club. "La première fois que je suis allé à White Hart Lane, des supporters de Tottenham nous attendaient dehors et nous ont lancé des briques et des bouteilles. J'ai été agressée trois fois en sortant de Tottenham, juste en marchant dans la rue."

"Je crois qu'il n'existe rien de comparable à un match Arsenal-Tottenham", continue la dame âgée de 78 ans. "Cela dure maintenant depuis très, très longtemps."

"Il y a des mythes et des légendes qui sont apparus avec le temps et qui ont épicé le derby", s'amuse pour sa part Martin Cloake.

Ah, si Arsenal était resté à Woolwich! Fondé au sud de la Tamise par des ouvriers des usines d'armement, les "Gunners" ont déménagé en 1913 dans le très peuplé quartier d'Highbury pour essayer de gagner du public. A quelques kilomètres seulement du coeur de Tottenham, club dont, historiquement, de nombreux supporters sont issus des communautés juives installées dans le nord de Londres.

"Nous estimons qu'Arsenal n'est pas une vraie équipe du nord de Londres. Le vrai derby du nord serait Tottenham - Leyton Orient", s'amuse Martin Cloake. "Ca les énerve!"

- 'La bibliothèque' -

Le vrai casus belli est né quelques années plus tard au sortir de la Première Guerre mondiale, en 1919. Alors que la Ligue anglaise passait de 20 à 22 clubs, Tottenham, dernier du championnat réclamait son repêchage, qui lui fut refusé... au profit du 5e de deuxième division: Arsenal. Scandale. De quoi bien lancer les hostilités.

La donne a un peu changé ces dernières années, tant les "Gunners" se sont montrés supérieurs depuis l'arrivée de l'entraîneur français Arsène Wenger en 1996.

"C'est vrai de dire que le derby a plus d'importance pour les Spurs que pour Arsenal. Depuis 1995, les Spurs n'ont jamais terminé devant au classement. C'est une statistique incroyable", savoure Steve Tongue, auteur d'un livre sur l'histoire du football londonien.

La rivalité a pris ces dernières années une tournure plus sociale: celle de la classe ouvrière contre les cadres.

Depuis le déménagement des Gunners à l'Emirates Stadium en 2006, la population des fans d'Arsenal a changé dans le sillage du prix de l'abonnement le plus cher d'Angleterre. Résultat, moins d'ouvriers et plus de cadres dans les tribunes.

"Les fans d'Arsenal sont silencieux. Nous avons une chanson ou nous appelons leur stade +la bibliothèque+". C'est plein de dirigeants et de cadres qui applaudissement poliment depuis leurs loges", se moque Cloake.

Peu importe le prix du billet dans le nouveau stade de Tottenham actuellement en construction, ceux qui portent du blanc n'aimeront jamais ceux qui portent du rouge.

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