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04/11/2016 12:01 EDT | Actualisé 05/11/2017 01:12 EDT

Crise des hélicoptères: Paris et Berlin protestent auprès de Varsovie

Les ministres français et allemand de la Défense ont déploré, dans une lettre à leur homologue polonais, l'annulation par Varsovie d'une commande de 50 hélicoptères d'Airbus, y voyant un "bond en arrière" pour le partenariat entre les trois pays et la défense européenne.

"La méthode retenue, eu égard à l'appel d'offres transparent remporté par Airbus Helicopters en avril 2015, remet en question notre proposition d'un partenariat structurant non seulement pour nos trois pays mais également pour la défense européenne", écrivent Jean-Yves Le Drian et Ursula von der Leyen dans cette lettre datée du 26 octobre et adressée à Antoni Macierewicz, dont l'AFP a obtenu une copie.

Les deux ministres font part de leur "profonde incompréhension" devant la décision polonaise de mettre fin au contrat, le 7 octobre, puis l'annonce par Varsovie quelques jours plus tard de l'acquisition de 21 appareils Black Hawk auprès de l'américain Lockheed Martin, sans passer par un appel d'offres.

L'échec de ce contrat de trois milliards d'euros, qui aurait été assorti d'investissements "sans précédent" d'Airbus en Pologne, constitue "un bond en arrière significatif pour la coopération de défense entre nos trois pays", estiment M. Le Drian et Mme von der Leyen.

"En effet, au-delà du contrat Caracal, le groupe Airbus visait à faire de la Pologne sa 5è base européenne et proposait ainsi de positionner pour des décennies la Pologne comme acteur clé de l'industrie de défense sur le continent", soulignent-ils.

Le gouvernement polonais a accusé Airbus d'être responsable de l'échec du contrat, lui reprochant d'avoir tardé dans les négociations et d'avoir fait une offre insuffisante de compensations industrielles.

"Les accusations portées par certains membres du gouvernement polonais ces dernières semaines sont une déformation des réalités de ce projet", affirment les deux ministres.

Selon des sources françaises proches du dossier, les engagements industriels d'Airbus en Pologne, dit "offset" (investissements, achats ...), étaient équivalents à 100% du montant du contrat, du "jamais vu" dans ce type de négociations".

L'annonce de la décision de Varsovie a jeté un froid dans les relations franco-polonaises. Le président François Hollande a alors reporté une visite prévue quelques jours plus tard en Pologne.

Dans la soirée, le ministre polonais Antoni Macierewicz a affirmé à la télévision publique que la "France (n'avait) pas été en mesure de présenter une offre ++offset++ satisfaisante" et pour cela, la Pologne avait "dû mettre fin aux négociations".

Il a ajouté qu'Airbus avait "toutes les chances" dans un nouvel appel d'offres pour la livraison "urgente" d'hélicoptères annoncée après l'abandon des négociations, pour un plus petit budget d'un milliard de zlotys (230 M EUR) à peine.

"Airbus participe dans les négociations pour ce contrat. Je pense que le groupe Airbus a de grandes chances pour remporter un succès, pourvu seulement que personne ne le dérange dans les négociations", a déclaré le ministre.

"Il n'est pas question que la Pologne soit traitée comme un pays auquel il est possible d'imposer des solutions économiques", a encore déclaré le ministre.

Le ministre français de la Défense s'est aussi agacé après des déclarations de son homologue polonais affirmant que les deux bâtiments de guerre français de type Mistral non vendus à Moscou en raison de la crise ukrainienne avaient finalement été remis à la marine russe "pour un dollar" symbolique.

"Ce n'est pas des méthodes", s'est emporté mercredi Jean-Yves Le Drian. La France qui avait renoncé à livrer les deux Mistral à la Russie, en raison notamment des inquiétudes polonaises, les a finalement vendus à l'Egypte.

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