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04/11/2016 02:23 EDT | Actualisé 05/11/2017 01:12 EDT

Bulgarie: présidentielle test pour le Premier ministre Borissov

Les Bulgares votent dimanche pour le premier tour d'une élection présidentielle qui prendra le pouls de l'électorat et de la popularité à mi-mandat du conservateur Boïko Borissov, Premier ministre du pays le plus pauvre de l'Union européenne.

M. Borissov a désigné la présidente du Parlement Tsetska Tsatcheva pour porter les couleurs du parti gouvernemental de centre-droit GERB face à son principal rival socialiste, Roumen Radev, un militaire de 53 ans, jugé enclin à plaider la cause de Moscou.

Parmi 21 candidats, Mme Tsatcheva, 58 ans, devrait virer en tête au premier tour mais les sondages prédisent un deuxième tour serré, le 13 novembre, deux d'entre eux créditant même l'ancien commandant des forces aériennes de la victoire.

Présentant Mme Tsatcheva en "mère de la nation", M. Borissov ne semble pas prendre compte "le manque de charisme" de sa protégée, estime le politologue Dimitar Betchev qui n'exclut pas des législatives anticipées provoquées par M. Borissov en cas de revers électoral, ou par ses opposants.

Ancien pompier, karatéka de haut niveau, garde du corps et dirigeant de la police bulgare, Boïko Borissov dirige depuis fin 2014 un gouvernement minoritaire qui repose désormais sur le soutien d'un parti nationaliste, le Front patriotique.

Son premier mandat à la tête du gouvernement s'était abruptement terminé par une démission, début 2013, alors que la Bulgarie était secouée par de vastes manifestations contre la corruption et la pauvreté, accompagnées d'une série d'immolations par le feu.

Depuis la réélection de M. Borissov, fin 2014, le pays a retrouvé une certaine stabilité politique. Son mandat court normalement jusqu'en 2018.

- Entre Russie et UE -

Une élection bulgare est toujours considérée avec attention au sein de l'UE et à Moscou, deux pôles entre lesquels Sofia cherche à maintenir un subtil équilibre.

Roumen Radev s'est clairement prononcé en faveur d'une levée des sanctions européennes imposées à la Russie estimant, dans une récente interview: "Nous avons perdu beaucoup en désignant la Russie plus ou moins comme un ennemi".

Après avoir également plaidé "pour un réexamen" des sanctions, Mme Tsatcheva a été rappelée à l'ordre par le Premier ministre. Lors d'un de ses derniers meetings, elle a défendu "l'orientation européenne et euro-atlantique" de la Bulgarie.

Le président sortant Rossen Plevneliev avait adopté une position très critique envers la Russie de Vladimir Poutine. "La Russie essaie d'affaiblir l'Europe, de la diviser et de nous rendre dépendant", a-t-il encore déclaré dans une interview vendredi à la BBC.

Mais au-delà des liens culturels et historiques entre Bulgarie et Russie, le secteur énergétique bulgare est très largement dépendant de la puissante présence russe. Ce poids économique influence les positions de nombreux partis et médias, a relevé une récente étude de l'intitut de recherche américain Center for Strategic and International Studies (CSIS).

Les candidats à la présidentielle ont mené une campagne de surenchère sur le thème de la menace migratoire dans ce pays qui est l'une des portes d'entrée de l'UE.

Le gouvernement a lui-même alimenté cette inquiétude, jugée "exagérée et manipulatrice" par des analystes, mais à laquelle l'opinion publique paraît sensible, selon les études d'opinion.

La Bulgarie craint de devenir un cul de sac migratoire en cas d'accélération des flux de demandeurs d'asile au départ de la Turquie voisine, si l'accord entre Bruxelles et Ankara finit par échouer. Les camps d'accueil bulgares sont déjà saturés alors que les pays d'Europe centrale et occidentale ont renforcé la lutte contre l'immigration clandestine.

Lutte contre la pauvreté, la corruption endémique, la crise démographique et l'exode de la population, dans ce pays où le salaire moyen est de 480 euros, ont également trouvé leur place dans la campagne.

Le président, élu pour cinq ans, a un rôle largement protocolaire mais il est aussi une autorité écoutée qui nomme de hauts responsables de la sécurité et de la justice et peut être un recours en cas de crise, comme l'avait été le président Plevneliev lors des troubles de 2013.

vs/smk/prh