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03/11/2016 21:45 EDT | Actualisé 04/11/2017 01:12 EDT

Brésil: "On aurait dit la fin du monde!" raconte un survivant de la tragédie minière

José Pascual a pensé que la fin du monde était arrivée quand un torrent de boue a englouti son village après la rupture d'un barrage minier il y a un an : d'une certaine manière, il avait raison.

Depuis cet accident dans une mine de fer de l'Etat de Minas Gerais (sud-est du Brésil), la compagnie Samarco et ses propriétaires - le brésilien Vale et l'anglo-australien BHP-Billiton - promettent une reconstruction, au moins matérielle, qui se fait attendre.

Le vieux village de Paracatu de Baixo est irrémédiablement perdu et la vie de Pascual, 76 ans, ne sera plus jamais la même.

La catastrophe a commencé dans l'après-midi du 5 novembre 2015, quand un barrage contenant des déchets miniers a brusquement cédé à environ 27 kilomètres sur la rivière Paracatu.

Quelque 32 millions de mètres cubes de boue ont inondé la vallée, tuant 19 mineurs et habitants dans le village le plus proche du barrage, Bento Rodrigues.

A Paracatu, les habitants ont été prévenus à temps pour prendre la fuite, par un hélicoptère.

"Ma femme étendait le linge dans le jardin quand ils sont arrivés. Ils nous ont crié +partez d'ici!+", se remémore Pascual, un homme mince et musclé.

Les habitants se sont précipités sur la colline d'où ils ont entendu l'accident avant de voir la boue.

"Cela faisait le bruit d'un train fou. Et puis nous avons vu ce qui allait arriver. C'était de l'argile rouge mais qui n'était même pas liquide. Et ont entendait comme le sifflement d'un vent fort", raconte le survivant sous son vieux chapeau de cow boy blanc, aux larges bords.

Le torrent emportait tout sur son passage, jardins, maisons, routes, véhicules, animaux, arbres.

"On aurait dit la fin du monde !" assure Pascual. "Toutes les lumières se sont éteintes".

- De la boue jusqu'au cou -

Pascual et sa femme ont eu la vie sauve. Leur maison et leur terrain, situé sur une petite hauteur, ont été préservés. Et leurs douze enfants habitaient déjà dans d'autres villages.

Mais Paracatu a été anéanti: un an après la boue recouvre toujours de nombreuses rues, et stagne sur les murs des maisons sans toit. Les marques brunes arrivent presque jusqu'en haut de la petite église coloniale.

Mais Pascual n'est pas du genre à se laisser abattre. Il se rappelle qu'il est retourné chez lui, bravant le torrent mortel, pour récupérer les papiers de sa femme. "La boue m'arrivait jusque là", dit-il en désignant son cou.

Aujourd'hui, il arrive à faire pousser du manioc, des oignons, des tomates et du maïs sur son lopin de terre. Sans argent, il a décidé de planter du tabac pour pourvoir à sa consommation de cigarettes qu'il élabore à partir de feuilles de maïs.

Samarco a promis de construire un nouveau Paracatu ailleurs, avec des maisons semblables à celles que les habitants ont perdu.

La plupart d'entre eux a accepté la proposition, même si cela veut dire abandonner la terre où leurs familles ont vécu pendant des générations.

C'est le cas de Pascual. Sa maison et ses cultures ont été sauvées mais les pertes sont incommensurables.

Le fleuve où il pêchait est rouge et plein de déchets miniers. Ses deux meilleurs vaches sont mortes et sa production de fromages dépend maintenant des deux survivantes qui broutent entre les ruines. Ses revenus ont chuté de 75%.

Samarco dit que le nouveau Paracatu sera prêt en 2019.

D'ici là, Pascual occupe seul sa parcelle et les weekends, il rend visite à sa femme qui s'est installée à une heure de route.

Dans le village en ruine, il mène une vie solitaire, par moment effrayante. "Parfois je reste éveillé toute la nuit; chaque bruit me réveille en sursaut", confie-t-il.

Même s'il décidait de rester, il sait que le village ne retrouvera jamais sa vie d'antan.

"Il n'y a même plus un bar pour prendre un verre", déplore-t-il. "Oui, je veux partir...".

sms/cdo/tup/jpa

VALE

BHP BILLITON