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03/11/2016 21:45 EDT | Actualisé 04/11/2017 01:12 EDT

A Cuba, bureaucratie et embargo brident l'investissement étranger

Deux ans après son rapprochement historique avec les Etats-Unis, Cuba est parvenue à lisser son image auprès des investisseurs étrangers, mais la bureaucratie et l'embargo américain freinent encore l'afflux de capitaux pourtant essentiels à la sauvegarde de son économie.

En juin 2014, dans le cadre de son plan d'"actualisation" d'un modèle étatique obsolète, le gouvernement de Raul Castro a élargi l'ouverture aux capitaux extérieurs avec une loi favorisant l'investissement sur l'île.

Selon les calculs du gouvernement, plus de deux milliards de dollars annuels en investissements étrangers sont nécessaires pour accompagner les réformes et soutenir la croissance.

Mais depuis deux ans, le montant des 83 projets déjà signés n'atteint que 1,5 milliard de dollars, et une bonne partie d'entre eux attendent encore d'entrer en phase de réalisation.

"En matière de concrétisation d'affaires, on n'avance pas encore au rythme que requiert le développement de notre économie", a reconnu cette semaine le ministre du Commerce extérieur Rodrigo Malmierca en marge de la Foire internationale de La Havane (Fihav), qui a accueilli cette année le nombre record de quelque 4.500 exposants de 75 pays.

En tête des causes soulevées par le ministre, figurent l'impact de l'embargo américain, qui menace de sanctions toute entreprise commerçant avec Cuba si elle a des liens avec les Etats-Unis, mais aussi le manque de préparation des agents de l'Etat cubain, sur les épaules desquels repose 80% de l'économie.

Une récente étude du média en ligne indépendant Cuba Standard confirme que les potentiels investisseurs sont surtout dissuadés par l'embargo, ainsi que par l'excès de réglementation et l'inefficacité des entités d'Etat, qui ralentissent considérablement les négociations commerciales.

Les entrepreneurs étatiques cubains "hésitent à l'heure de prendre des décisions, parfois à cause d'un manque de préparation", a admis M. Malmierca, promettant de faire son possible pour rendre ces agents plus efficaces et plus autonomes, et plus généralement d'"améliorer le climat des affaires" à Cuba.

- Rompre avec une 'vieille mentalité' -

Les autorités ont publié lors de la Fihav un nouveau "portefeuille d'affaires" destiné à attirer les capitaux étrangers. Le document présente 395 projets pour un montant total de 9,5 milliards de dollars, mais aucun n'implique l'initiative privée locale, frustrant investisseurs et experts.

Après l'arrivée au pouvoir de Raul Castro il y a 10 ans, l'Etat a ouvert la porte au petit entrepreneuriat privé, mais il rejette encore les petites et moyennes entreprises, privilégiant le modèle des coopératives, plus conforme à l'idéologie de la révolution.

La Havane entend ainsi contrecarrer la stratégie de l'administration de Barack Obama, qui vise à soutenir l'initiative privée dans le pays communiste pour inspirer des changements politiques.

"La logique de sécurité nationale" fait que "la croissance économique du pays se voit limitée par le manque de cohérence et de complémentarité des changements économiques", regrette le politologue cubain de l'université du Texas Arturo Lopez-Levy.

Soucieuses d'améliorer leur image, les autorités cubaines sont parvenues ces dernières années à faire apurer une grande partie de leur dette extérieure.

Mais pour l'ancien diplomate et universitaire cubain Carlos Alzugaray, elles doivent maintenant rompre avec leur "vieille mentalité" et s'engager sur la voie "de la décentralisation et accepter que le secteur privé doive jouer un rôle plus important".

Car Cuba jouit d'un énorme potentiel inexploité, notamment au regard "de la qualité et du (faible) coût de la main d'oeuvre, d'une demande insatisfaite et d'un manque d'expertise", explique à l'AFP l'économiste cubain Pavel Vidal.

A la faveur du dégel engagé fin 2014 avec les Etats-Unis, l'hôtelier Starwood et plusieurs croisiéristes et compagnies aériennes américaines ont déjà pu étendre leurs activités à Cuba.

Dans la Zone spéciale de développement au méga-port de Mariel (45 km à l'ouest de La Havane), qui offre des conditions fiscales avantageuses, 19 projets ont été signés avec des entreprises étrangères, dont 11 au cours de l'année écoulée.

Côté Français, le géant de la construction Bouygues, qui a déjà construit de nombreux hôtels sur l'île, vient d'obtenir avec Aéroports de Paris un contrat sur l'agrandissement et la gestion de l'aéroport international de La Havane.

Dans les allées de la Fihav, beaucoup disent attendre leur tour. "Nous voulons être les premiers à entrer ici", confie à l'AFP Diego Aldunate, directeur régional du fabricant de peinture Rust-Oleum, un des 24 exposants américains présents cette année.

ag/gde