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03/11/2016 11:24 EDT | Actualisé 04/11/2017 01:12 EDT

Soudan du Sud: Nairobi accuse l'ONU d'avoir cédé à la pression en limogeant son général

Le Kenya a accusé jeudi l'ONU d'avoir cédé aux pressions de certains pays afin de rejeter la responsabilité des lacunes des Casques bleus au Soudan du Sud sur leur commandant kenyan.

A la suite d'une enquête interne, le commandant kényan de la mission onusienne au Soudan du Sud (Minuss) a été limogé pour sanctionner l'inaction des Casques bleus lors des violences de juillet à Juba.

En réaction, Nairobi a annoncé son retrait de la Minuss, où opéraient un millier de soldats kényans.

L'enquête de l'ONU a été suscitée et orientée par "certains membres présents et futurs du Conseil de sécurité" et l'ONU l'a menée avec un "a priori" conduisant à choisir comme "bouc émissaire" le général Johnson Ondieki, a affirmé jeudi l'ambassadeur kényan à l'ONU Macharia Kamau.

Il a estimé qu'il s'agissait en fait d"un "échec global". La responsabilité devrait donc être "collective", a-t-il jugé, et s'étendre à la fois aux commandement conjoint des unités de Casques bleus sur place et à la direction du département de maintien de la paix, au siège de l'ONU à New York, au lieu de "rendre responsable un seul individu".

Il a qualifié cette enquête de "honteuse et injuste".

Il n'a pas nommé les pays qui auraient fait pression mais le rapport pointe du doigt des Casques bleus chinois et népalais.

Par ailleurs, l'Ethiopie a des troupes au sein de la Minuss et doit entrer en janvier comme membre non permanent au Conseil de sécurité.

Le département du maintien de la paix de l'ONU est dirigé par le Français Hervé Ladsous. La Chine et la France sont membres permanents du Conseil.

Le général Ondieki a été remplacé par son adjoint, le général chinois Chaoying Yang.

Le Kenya a tenté en vain de faire revenir le secrétaire général Ban Ki-moon sur sa décision en plaidant que le général Ondieki venait tout juste de prendre son poste trois semaines avant les violences de juillet à Juba.

Rappelant que M. Ban était en fin de mandat, l'ambassadeur a ironisé, estimant que M. Ban "semble avoir trouvé le courage qui lui a manqué tout au long de son mandat en choisissant d'ignorer la demande du Kenya".

Le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric a défendu la décision de M. Ban, soulignant "qu'elle ne visait pas le Kenya" - dont la contribution au maintien de la paix est "appréciée", a-t-il dit -- mais seulement "le commandant de la force" de l'ONU.

Celui-ci a été sanctionné pour ses décisions opérationnelles lors des violences de juillet à Juba et il n'y a "pas eu de conclusion déterminée à l'avance", a-t-il affirmé.

Avant un examen du rapport au Conseil de sécurité, le représentant permanent adjoint russe Petr Iliichev a estimé que le limogeage du général kenyan avait été "prématuré" et devait être reconsidéré. Mais il rappelé qu'une telle décision est l'apanage du secrétaire général.

M. Dujarric a laissé entendre que la décision était irrévocable.

Il a ajouté que M. Ban "avait toute confiance" dans le patron des opérations de maintien de la paix Hervé Ladsous.

Celui-ci a "déploré" devant la presse la décision "souveraine" du Kenya de retirer ses troupes mais il a jugé les conclusions du rapport "irréfutables". Le Kenya est "un contributeur solide" de Casques bleus, a-t-il ajouté.

Il a aussi fait valoir que de nombreux civils sud-soudanais réfugiés dans des bases de l'ONU avaient survécu grâce à la protection des Casques bleus.

avz/faa