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03/11/2016 15:15 EDT | Actualisé 04/11/2017 01:12 EDT

Ottawa annonce 2,9 milliards $ supplémentaires pour le Bas-Churchill

Le ministre des Ressources naturelles du Canada, Jim Carr, a annoncé que le gouvernement se portera garant d'un maximum de 2,9 milliards de dollars de plus sur les emprunts contractés pour la partie des projets que dirige Nalcor Energy, la société d'État de Terre-Neuve-et-Labrador.

« Les projets du Bas-Churchill aideront beaucoup à répondre aux besoins d'énergie du Canada atlantique dans l'avenir en fournissant une source d'énergie propre, fiable et abondante sur le long terme. Ils profiteront à la population de Terre-Neuve-et-Labrador et aideront notablement le Canada à atteindre ses cibles de réduction des émissions de carbone », a déclaré le ministre Carr.

Le gouvernement fédéral souhaite que cette garantie d'emprunt additionnelle allège considérablement le fardeau fiscal du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador en abaissant les tarifs de l'électricité dans la province.

Ottawa doit négocier avec le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador sur une prolongation au calendrier de règlement de la dette.

Cette annonce risque fort d'hérisser Québec. La semaine dernière, le ministre des Affaires intergouvernementales, Jean-Marc Fournier, avait soutenu que toute hausse du soutien financier d'Ottawa contribuerait à accroître la concurrence déloyale envers Hydro-Québec, qui n'a reçu aucune aide fédérale pour ses infrastructures.

À Ottawa, le Bloc québécois avait par ailleurs demandé un débat d'urgence sur le projet de centrale, ce qui lui avait été refusé par le président de la Chambre, Geoff Regan.

Le projet de Muskrat Falls est une initiative de la société d'État terre-neuvienne Nalcor Energy et de l'entreprise néo-écossaise Emera. Elle prévoit la construction d'une centrale ainsi que de lignes de transport qui permettraient d'acheminer la production électrique jusqu'en Nouvelle-Écosse, notamment grâce à une ligne de transport sous-marine.

Le gouvernement de Dwight Ball a demandé à Ottawa plus tôt cette année de prolonger la garantie de prêt de 2013, qui a plafonné à 5 milliards de dollars, pour la portion du projet financé par Nalcor.

Le gouvernement du Québec s'est opposé à toute augmentation. Le ministre Carr a indiqué qu'il avait parlé avec le ministre de l'Énergie du Québec, Pierre Arcand, jeudi matin pour l'informer de la décision d'Ottawa.

Le coût du projet, influencé par des retards, des dépassements de coûts et des protestations contre la contamination de mercure méthylé, a grimpé à 11,4 milliards de dollars. C'est une augmentation de 4 milliards de dollars par rapport aux prévisions d'il y a quatre ans.

L'annonce d'Ottawa faite par le ministre Carr survient alors que le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador se rend à Gander pour l'assemblée générale annuelle des libéraux provinciaux en fin de semaine.

Le gouvernement du Québec songe aux tribunaux

Au Québec, la décision du gouvernement fédéral a été accueillie froidement. Le ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Jean-Marc Fournier, a réclamé jeudi une compensation financière, sans exclure un recours judicaire.

« C'est un geste divisif du fédéral, a-t-il dit, en rappelant que le Québec souhaitait négocier avec Terre-Neuve. [...]On avait clairement indiqué qu'une aide additionnelle allait ajouter à ce qui était déjà une concurrence déloyale. »

Dans une entrevue à La Presse canadienne, M. Fournier a affirmé que l'aide d'Ottawa bouleverse l'équilibre sur le marché et nuit aux intérêts d'Hydro-Québec, dont les infrastructures ont été construites sans aide fédérale.

« La décision ayant été unilatérale et précipitée, Ottawa doit corriger le tir, ramener une solution qui va rééquilibrer les opérations, a-t-il dit. Le Québec va insister auprès d'Ottawa pour qu'il compense parce qu'on ne peut pas être dans une solution de déséquilibre. »

Aucune somme n'a été avancée, et Québec se contentera de répondre à une éventuelle offre d'Ottawa, a indiqué le cabinet du ministre. Par ailleurs, M. Fournier n'a pas exclu la possibilité de recours judiciaires.

« Il n'y a aucune porte juridique qui est fermée, il n'y a aucune porte juridique qui s'ouvre, a-t-il dit. Actuellement la balle est dans le camp politique. S'il y a lieu on va analyser toutes les options. »