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03/11/2016 08:34 EDT | Actualisé 04/11/2017 01:12 EDT

Migrants : la police italienne dément les accusations de "torture" d'Amnesty

La police italienne a "catégoriquement" démenti jeudi les accusations d'Amnesty International selon lesquelles des policiers ont "torturé" des migrants qui refusaient de donner leurs empreintes digitales à leur arrivée en Italie, une des principales portes d'entrée des réfugiés dans l'UE.

"Je démens catégoriquement que soient utilisées des méthodes violentes à l'encontre de migrants, que ce soit à l'occasion de leur identification ou de leur rapatriement", a déclaré dans un communiqué le chef de la police italienne, Franco Gabrielli.

Le Département de la sécurité publique, qui dépend du ministère de l'Intérieur, a quant à lui précisé que les "hotspots", centres d'accueil où sont contrôlés et identifiés les migrants arrivant sur le sol italien, étaient "visités par des équipes de la Commission européenne en Italie afin de vérifier de manière constante les procédures de gestion des migrants".

De plus, ajoute le communiqué, l'Agence européenne pour les droits fondamentaux s'est récemment déplacée dans deux "hotspots", à Pozzallo en Sicile et à Taranto, également dans le sud, et ont ensuite exprimé "un avis positif" sur la façon dont opèrent les autorités italiennes.

Amnesty International a affirmé jeudi que des policiers italiens avaient eu recours à des pratiques "assimilables à de la torture" pour obtenir les empreintes digitales de migrants, et a rendu l'Union européenne en partie responsable de cette situation.

Nombre de migrants refusent d'être identifiés à leur arrivée sur le sol italien afin de pouvoir s'installer ou déposer une demande d'asile dans le pays européen de leur choix.

"Les pressions de l'Union européenne sur l'Italie, pour qu'elle se montre +dure+ envers les migrants et les réfugiés, ont conduit à des expulsions illégales et à de mauvais traitements qui, dans certains cas, sont assimilables à de la torture", écrit l'organisation de défense des droits de l'homme dans un rapport.

La politique des "hotspots" a poussé l'Italie à agir au-delà de la légalité et conduit à des "abus choquants" de la part de certains policiers, a affirmé Matteo de Bellis, coordinateur des travaux effectués dans le cadre de ce rapport.

Sur les 24 témoignages de mauvais traitements recueillis par Amnesty sur un total de 170 entretiens, quinze font état de coups donnés, y compris avec des matraques électriques, comme l'a raconté un Soudanais de 16 ans.

"Ils ont utilisé une matraque électrique plusieurs fois sur ma jambe gauche, puis sur la droite, ma poitrine, mon ventre. J'étais trop faible pour résister, à ce moment-là, ils ont pris mes deux mains" pour obtenir des empreintes digitales, a-t-il affirmé aux enquêteurs d'Amnesty.

- Enquête indépendante -

Deux autres témoignages font état de violences sur les parties génitales. Un homme de 27 ans affirme ainsi avoir été contraint de s'asseoir sur une sorte de chaise percée en aluminium avant que la police n'utilise des pinces sur ses testicules, selon ce rapport.

Au regard de ces témoignages, Amnesty juge indispensable qu'une enquête indépendante soit diligentée, même si "le comportement de la plupart des policiers reste professionnel et la grande majorité des prises d'empreintes digitales a lieu sans incidents".

M. de Bellis, interrogé par l'AFP, reconnaît qu'Amnesty n'a pas été en mesure de vérifier "chaque détail de chaque cas individuel", mais, a-t-il dit, "nous sommes certainement en position de dire qu'il y a un problème de recours excessif à la force par la police".

Amnesty dénonce également les conditions dans lesquelles sont interrogés les migrants, encore sous le choc d'un voyage traumatisant en Méditerranée où ils sont pour la plupart récupérés par des secouristes après des heures, voire des jours entiers, entassés sur des embarcations précaires.

Sans réelles informations sur leurs droits, beaucoup de migrants ne savent pas répondre aux questions qui leur sont posées et certains risquent alors l'expulsion.

L'Italie, qui voit chaque jour le nombre des migrants croître sur son territoire, s'efforce d'en rapatrier certains faute de pouvoir les "relocaliser" ailleurs en Europe comme l'UE s'y était pourtant engagée.

Elle a ainsi signé un accord en ce sens avec le Soudan, pays accusé par Amnesty International de violations des droits de l'homme.

Amnesty cite les cas de 40 ressortissants soudanais mis dans un avion à destination de Khartoum. Sur place, un homme de 23 ans contacté par cette organisation internationale a assuré avoir été sévèrement battu à son arrivée à l'aéroport par les forces de sécurité.

ob/bds