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03/11/2016 04:50 EDT | Actualisé 04/11/2017 01:12 EDT

Israël: imbroglio autour de la réforme de la radio-télévision publique

La radio-télévision publique en Israël est au coeur d'une féroce bagarre politique dont l'enjeu semble d'abord le contrôle des médias par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Selon des analystes, M. Netanyahu serait même prêt à convoquer des élections anticipées si son ministre des Finances Moshe Kahlon, qui s'oppose à lui sur le projet de réforme de la radio-télévision publique, campe sur ses positions.

Au coeur donc de l'une des plus vives querelles de ce gouvernement investi en mai 2015: l'Autorité de radio-diffusion (IBA), émanation de l'historique Kol Yisrael, radio des premières heures de l'Etat d'Israël.

Nombre d'Israéliens ont grandi avec cette vénérable institution, où ont oeuvré les grands noms de l'audiovisuel, visionnant leurs premières images en couleurs sur ce qui était la chaîne unique.

Mais un projet lancé il y a deux ans prévoyait de la remplacer par un nouvel établissement. Officiellement, il s'agissait de dynamiser un service à bout de souffle et de regagner le terrain perdu face aux chaînes privées.

Le ministre des Finances est en faveur de cette nouvelle entité, la Public Broadcasting Corporation (PBC), mais le Premier ministre veut préserver l'IBA, même si sa remplaçante a déjà ses bureaux, se dit prête à émettre le 1er janvier 2017 et que des centaines de collaborateurs ont déjà quitté l'IBA.

M. Netanyahu soutenait pourtant initialement la création d'une nouvelle structure.

"Ses critiques jugeaient que le service public, en plus de constituer un gouffre financier, souffrait de népotisme, voire de corruption, et manquait d'inspiration", relève Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques à l'université de Bar Ilan.

Par ailleurs, la droite au pouvoir et M. Netanyahu trouvaient là un moyen commode d'en finir avec les critiques des journalistes du service public. Les médias sont l'un des rares espaces où la gauche aux abois se fait encore entendre.

Mais depuis, M. Netanyahu a fait volte-face. Le gouvernement "réhabilitera" l'IBA de manière "financièrement responsable", disait-il récemment devant le Parlement.

- Les médias contre Netanyahu -

M. Netanyahu, le professionnel de la communication volontiers décrit comme obsédé par les médias et leur hostilité, se serait rendu compte que les journalistes qui lui étaient hostiles au sein de l'IBA avaient été embauchés par la PBC, dirigée de surcroît par deux personnalités critiques du Premier ministre, selon ses détracteurs.

"Netanyahu est persuadé depuis son premier mandat (en 1996) que les médias sont contre lui", dit sous couvert de l'anonymat un haut responsable israélien.

Le Premier ministre n'a pas expliqué son revirement. Mais les propos prêtés à sa tonitruante ministre de la Culture Miri Regev en juillet n'ont pas été démentis: "Il est inconcevable d'établir une compagnie que nous ne contrôlerons pas. Où est l'intérêt ?"

M. Netanyahu se heurte frontalement à son ministre des Finances. M. Kahlon, ancien du Likoud de M. Netanyahu, avec lequel il a rompu pour fonder son propre parti centriste, et qui se pose en comptable de l'argent du contribuable et des sommes importantes déjà investies dans la réforme, estimées à au moins 400 millions de shekels (environ 94 millions d'euros).

Le possible gâchis financier et humain a causé un tollé. L'IBA compte aujourd'hui 1.050 employés, mais 500 autres employés ont été poussés vers la porte ou sont partis d'eux-mêmes, même s'il n'y a pas eu de licenciement sec, dit à l'AFP Ahiya Genossar, président de la Fédération nationale des journalistes.

Simultanément, la PBC a embauché environ 400 employés, près de la moitié d'entre eux venant de l'IBA.

M. Netanyahu prévoyait de faire approuver dimanche par son cabinet l'annulation de la création de la PBC mais M. Kahlon a persisté dans son refus, ce qui a conduit à la création d'une commission chargée de forger un compromis sous trois semaines, repoussant de fait le vote.

La possibilité d'élections anticipées seraient très aléatoires pour tout le monde, estiment les experts.

Pour la première fois depuis les élections de mars 2015, "on met un frein au Premier ministre (...) on lui a tout à coup découvert un adversaire substantiel", éditorialisait dans le quotidien Maariv Ben Caspit, l'un de ces journalistes peu en faveur auprès de Netanyahu.

dms/lal/vl