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02/11/2016 23:33 EDT | Actualisé 03/11/2017 01:12 EDT

En Pennsylvanie, les indécis se font rares, mais l'enthousiasme manque

Au coeur de la Pennsylvanie, Etat clé dans la course à la présidence des Etats-Unis, rares sont ceux qui hésitent encore entre Donald Trump et Hillary Clinton, mais l'image dégradée des candidats plombe la fin de campagne.

"On vient de se faire traiter de nazis!" Susan, une retraitée qui porte un panneau clamant "deplorables for Trump" (évoquant le terme "pitoyables" employé par Hillary Clinton pour désigner les soutiens de Trump), regarde le véhicule s'éloigner.

Avec Susan, une vingtaine de partisans de Trump s'est rassemblée pour un "flash mob" sur ce carrefour très passant du centre d'Allentown, une ville moyenne en Pennsylvanie.

Des pouces levés, mais aussi des majeurs pointés, des coups de klaxon amicaux, de nombreux "Fuck Trump!", les réactions opposées à ce rassemblement impromptu témoignent de la polarisation ambiante.

A ce stade, chacun semble avoir choisi son camp, même si certains en ont changé récemment.

Susan assure que certains de ses "très bons amis" démocrates ont rejoint les rangs du candidat républicain "au cours du dernier mois".

Kuri Edwards, jeune femme noire, a, elle, récemment décidé d'aller voter, pour Hillary Clinton, alors qu'elle comptait s'abstenir.

Elle dit avoir fait le choix du candidat le "moins pire des deux", une expression qui revient dans la bouche de Frank Behum, ancien ouvrier de l'aciérie géante de Bethlehem, à quelques kilomètres d'Allentown.

Pour celui qui fait vivre la mémoire du site, les deux candidats "sont dans la poche de Wall Street", mais il a tout de même décidé de suivre Hillary Clinton.

Il sait que de nombreux ouvriers ou anciens de l'acier, minoritaires selon lui, vont choisir Donald Trump, car il leur a promis des emplois, 21 ans après la fermeture du site de Bethlehem.

"Ils se raccrochent au premier qui leur dit ce qu'ils veulent entendre", même si historiquement, rappelle-t-il, le gouvernement américain "n'a jamais rien fait pour la sidérurgie".

- 'beaucoup de colère' -

"Beaucoup semblent voter contre un candidat", observe Charlie Dent, élu républicain au Congrès de la circonscription qui comprend Allentown et Bethlehem.

Lui a déjà annoncé qu'il ne voterait ni pour Trump, ni pour Clinton, ce qui lui a valu des critiques dans son propre camp.

Dans un district atypique, à majorité démocrate mais avec un élu républicain à la chambre des représentants, Charlie Dent ne bénéfice d'aucune marge de manoeuvre pour conserver son siège, en jeu ce mardi.

"La plupart (des électeurs) comprennent, parce qu'ils ressentent la même chose que moi", dit-il.

"Notre pays a en lui beaucoup de colère et de frustration", regrette-t-il.

Et le scrutin de mardi ne va rien y changer, prévient-il, car "le prochain président sera probablement le plus impopulaire que nous ayons jamais élu".

Malgré la fermeture de l'aciérie et une récente vague de licenciements au sein du fabricant de camions Mack Trucks, l'économie locale se porte plutôt bien et le taux de chômage y est bas (4,9%).

Mais beaucoup d'emplois créés, notamment dans le secteur logistique, sont mal payés, souligne Frank Behum, et la reprise ne convainc pas.

Dans ce contexte morose, l'enjeu, pour la plupart, n'est plus de convaincre les indécis mais de s'assurer, disent-ils, de la participation au sein de leur camp.

"Certains", lassés des commentaires négatifs des uns et des autres, "vont débrancher" et n'iront pas voter, anticipe Tom Carroll, qui a organisé des dizaines de mobilisations éclairs pour soutenir Donald Trump.

Il pense que la participation sera supérieure chez les républicains, plus mobilisés, selon lui.

Selon un sondage CNN/ORC publié mercredi, Hillary Clinton dispose d'une avance de 4 points en Pennsylvanie.

"Dans ma famille, tout le monde hésite" à aller voter, explique Kuri Edwards, dont beaucoup de collègues de travail disent, selon elle, qu'ils ne se rendront pas aux urnes, par manque de conviction.

"Je leur dis: si ne pas voter est pire que voter pour l'un ou l'autre, il faut y aller".

tu/rap