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03/11/2016 10:03 EDT | Actualisé 04/11/2017 01:12 EDT

En Colombie, des familles dans l'attente de leurs proches, otages de la guérilla

L'ex-député colombien Odin Sanchez, dont le sort a suspendu les pourparlers de paix avec l'ELN prévus cette semaine, n'est pas le seul otage de la guérilla et au moins deux autres familles attendent dans l'angoisse des nouvelles de leurs proches.

"L'échange avec mon frère m'a fait passer par des extrêmes : la joie de ma libération et l'angoisse qu'il prenne ma place", a expliqué à l'AFP Patrocinio Sanchez, ex-gouverneur du Choco, département de la côte pacifique (nord-ouest), très affecté par plus d'un demi-siècle de conflit armé.

En avril, Odin Sanchez s'est livré à l'Armée de libération nationale (ELN) en échange de Patrocinio, malade au bout de trois ans de rétention dans la jungle par cette guérilla, la seconde de Colombie, apparue en 1964 sous l'influence de la révolution cubaine, et qui compte encore quelque 1.500 combattants.

Cet ex-député est devenu la clé des négociations de paix avec l'ELN qui, après plus de deux ans de tractations secrètes, devaient être lancées le 27 octobre en Equateur, pays garant, et démarrer formellement le 3 novembre près de Quito.

Mais le président colombien Juan Manuel Santos, qui a toujours exigé la libération préalable des otages, les a suspendues dans l'attente que l'ELN relâche au moins Odin Sanchez ; la guérilla niant toutefois que le début des pourparlers ait été ainsi conditionné.

- Les otages, filon d'argent de l'ELN -

L'ex-député n'est pas le seul Colombien retenu par ce mouvement de rébellion, qui se finance par des enlèvements contre rançon, le trafic de drogue et les mines d'or clandestines.

Au moins un médecin, Edgar Torres, et un chef d'entreprise, Octavio Figueroa, sont aussi depuis des mois aux mains des guérilleros, selon la Fondation Pays Libre, ONG qui travaille depuis 25 ans à la prévention et la lutte contre ce type de crime.

Ni le gouvernement, ni l'ELN n'ont communiqué le nombre exact de séquestrés, estimé à une dizaine par des sources officielles.

L'ELN réclame une rançon de trois milliards de pesos (environ 977.000 dollars) pour qu'Odin Sanchez, 61 ans, puisse retrouver sa femme Isabel Sofia et leur fille âgée de 12 ans. La famille a admis avoir versé à ce jour plus d'un milliard de pesos (environ 325.000 dollars) aux rebelles.

Les guérillas colombiennes ont souvent justifié leurs enlèvements par le fait que leurs otages n'étaient pas des innocents.

Les frères Sanchez ont ainsi été tous deux condamnés par la Cour suprême : Odin en 2013 pour liens avec les milices paramilitaires d'extrême-droite; Patrocinio en 2010 pour détournement de fonds publics, ce qu'a rappelé jeudi l'un des négociateurs de l'ELN, Aureliano Carbonell, dans un entretien à un média local.

- Une photo comme preuve de vie, ou rien -

Au total 33.962 enlèvements, nombre d'entre eux attribués à la délinquance commune, ont été officiellement enregistrés en Colombie depuis 1985.

Selon la Fondation Pays Libre, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), première guérilla du pays en pourparlers de paix depuis 2012, sont à l'origine de 8.991 prises d'otage et l'ELN de 7.107 depuis 1970.

Octavio Figueroa, 66 ans, patron d'une entreprise de location de véhicules, a été enlevé le 16 mars dans le département désertique de La Guajira (nord), frontalier du Venezuela. Mais l'ELN ne l'a confirmé que le 28 octobre par la voix de son chef négociateur Pablo Beltran, nom de guerre d'Ismael Ramirez.

Jusqu'à présent sa famille n'a reçu, comme preuve de vie, qu'une photo. "Il semble assez amoindri, il a l'air mal", a déclaré à l'AFP un de ses sept fils, Armando, 30 ans, ajoutant: "Il nous manque beaucoup! C'est notre leader, notre joie à tous, un modèle!"

L'ELN exige cinq millions de dollars pour la libération de M. Figueroa, somme que la famille ne peut payer.

Quant au médecin Edgar Torres, également séquestré dans le Choco, il serait aussi aux mains de cette guérilla, selon des sources ecclésiastiques et Pays Libre, mais le commandant Beltran a assuré que l'ELN n'a "rien à voir avec ce cas".

Enlevé en septembre 2013, cet homme âgé d'à peine 30 ans n'a pas eu le temps de connaître sa fille, née après sa disparition et ses proches, dont sa mère, Ruth Prestan, qui rembourse encore l'emprunt contracté pour payer ses études de médecine, n'ont jamais reçu de preuve de vie.

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