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01/11/2016 10:02 EDT | Actualisé 01/11/2016 10:04 EDT

«Dimanche Napalm»: la pièce post-Printemps érable de Sébastien David

Site Web Théâtre d'Aujourd'hui

Printemps 2012, les membres de la génération Y sont témoins d’un des premiers rassemblements collectifs significatifs de leur vie. Un jour de juin, alors que des jeunes marchent dans les rues et scandent «Assez! Assez!», Sébastien David tombe sur une nouvelle soulignant le 40e anniversaire de la photo de La jeune fille au Napalm, qui court dans les rues en hurlant «Trop chaud! Trop chaud». Sans qu’il sache trop pourquoi, son esprit a réuni les émotions suscitées par les deux événements et généré l’histoire de Dimanche Napalm.

«Mon cerveau a fait une espèce de buzz. J’avais les bûches de bois du printemps érable, la photo a fait une flammèche et le feu a pris. La pièce est née dans ma tête et trois ans ont passé depuis», explique le dramaturge, finaliste cet automne au prix en théâtre jeunesse du Gouverneur général pour sa pièce Les Haut-Parleurs.

Une nomination reçue comme une forme d’encouragement, quelques semaines avant de mettre en scène le texte qu’il juge le plus abouti de sa carrière. Une œuvre composée de monologues des membres d’une même famille : le Père, la Mère, la Sœur et Kim, l’ancienne amoureuse du Fils. Celui qui, après avoir tenté de renverser l’ordre établi, rentre chez lui, l’espoir meurtri.

Volontairement silencieux, il se frottera aux paroles de chacun de ses proches. «C’est une forme assez radicale. Je ne voulais pas illustrer l’opposition de points de vue, qui poussent les spectateurs à vivre un dilemme moral et à choisir l’un des deux discours. À travers le silence du fils, même si c’est un geste passif, on retrouve une grande agressivité qui peut devenir insupportable. Et son silence révèle beaucoup de choses chez les autres.»

Les rêches déchus, les aspirations bafouées et les inconforts face à leur destinée individuelle et collective. «Chacun vit quelque chose de fort et le fils les pousse à la confidence, à agir. Comme un catalyseur.»

Une histoire qui avance grâce à de faux dialogues mettant en lumière le malaise des Québécois avec le débat ET le silence, selon le créateur.

«On est absurdement faits. On est incapable d’assumer des débats pleins d’émotions comme les Français sont capables de le faire, mais on est aussi maladroit dans le silence. Chacun des personnages a un rapport différent avec le silence. Le Père devient plus proche de son fils. La Mère use de stratégies pour le ramener. Sa Sœur, qui n’a jamais dit grand-chose et qui regardait son frère comme un modèle lointain, réalise qu’elle peut se rebeller elle aussi. Et son amoureuse débarque en bousculant tout.»

Les comédiens Sylvie Léonard, Geneviève Schmidt, Cynthia Wu-Maheux, Louison Danis, Henri Chassé et Alex Bergeron formeront cette famille québécoise, universelle dans son incapacité à communiquer. Une difficulté à dialoguer propre aux rencontres générationnelles de toutes les époques, mais qui a été mise en lumière par les événements du printemps 2012.

«Ça m’a dérangé que plusieurs personnes minimisent ce qui s’est passé, dit Sébastien David. Durant le Printemps, on a assisté à une réflexion sur l’engagement et la contestation, avant d’être ramené au statu quo. Et dans la pièce, le fils, de nature contestataire, revient chez lui et se ferme la gueule.»

Il se tait devant le manque de volonté de ses congénères à réfléchir sur ce qui les lie tous. «J’ai l’impression que je n’ai jamais aussi peu su c’est quoi être Québécois qu’aujourd’hui, après la Charte et les nombreux débats sur la langue, la diversité et les questions autochtones. Je suis jaloux de l’époque où les grandes institutions québécoises sont nées, alors que tout était à créer.»

Théâtre aquatique aux Olympiques

Auteur et metteur en scène, Sébastien David a également été impliqué dans une grande aventure sportive au cours de la dernière année, alors que l’équipe nationale de nage synchronisée a requis ses services pour guider le travail d’interprétation des athlètes.

Lorsque l’équipe a manqué sa qualification pour les Jeux, l’homme de théâtre a investi son temps avec le duo formé par Karine Thomas et Jacqueline Simoneau. Deux jeunes femmes avec qui il a continué d’apprivoiser l’univers du sport de haut niveau.

«Je ne suis pas du tout sportif et j’avais très peu de connaissance sur ce monde. Mais rapidement, j’ai fait des parallèles entre les athlètes et les artistes, par rapport à l’engagement que leurs disciplines imposent. Au début, je ne réalisais pas à quel point la nage synchro était exigeante. Mais après un an de travail, à raison de trois rencontres par semaine, j’ai compris. Leur sport demande un investissement énorme.»

Son travail l’a mené jusqu’à Rio, où il a goûté à la folie des JO. «Tout est pensé pour que les athlètes vivent le moment de leur vie : l’allocution du début, l’essayage des vêtements officiels, les cadeaux, la structure pour qu’ils se concentrent. Je suis vraiment heureux d’avoir vécu ça. Durant leur performance, le stade était rempli de gens qui hurlaient. C’était comme une catharsis!»

Ne sachant pas encore s’il pourra aider les nageuses dans le futur, le dramaturge se consacre présentement aux derniers préparatifs de mise en scène de Dimanche Napalm, qui sera présentée au Théâtre d’Aujourd’hui du 8 au 26 novembre 2016. Cliquez ici pour plus de détails.

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