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31/10/2016 09:18 EDT | Actualisé 01/11/2017 01:12 EDT

Pays-Bas: le député Wilders jugé pour incitation à la haine en son absence

Le député néerlandais d'extrême droite Geert Wilders, connu pour sa chevelure péroxydée et ses saillies anti-islam, a boudé lundi son procès pour incitation à la haine, en dénonçant une procédure purement "politique".

L'homme politique n'a ainsi pas écouté la déclaration d'une plaignante, racontant la peur provoquée chez ses enfants quand il avait promis en 2014 "moins de Marocains" aux Pays-Bas, au premier jour de ce procès au tribunal de Schiphol, près d'Amsterdam.

Comme annoncé, il n'est pas venu, confiant à son avocat Geert-Jan Knoops la tâche de lire une déclaration expliquant son absence: "C'est un procès politique et j'ai décidé de ne pas être présent. C'est mon droit en tant que politicien de m'exprimer s'il y a un problème aux Pays-Bas".

Le ministère public a fait savoir qu'il n'exigerait pas la présence de l'accusé.

Le député de 53 ans avait déjà dénoncé vendredi une "parodie de justice" destinée à le réduire au silence alors que, selon les sondages, son Parti pour la Liberté (PVV) est au coude à coude avec les libéraux (VVD) du Premier ministre Mark Rutte, en amont des législatives prévues en mars.

Le procès, qui doit durer jusqu'à fin novembre, porte sur des propos tenus lors d'une soirée après les élections municipales de mars 2014 à La Haye. Geert Wilders avait alors demandé à ses militants s'ils voulaient "plus ou moins de Marocains dans (leur) ville et aux Pays-Bas".

Face à une foule scandant "Moins! Moins! Moins!", il avait répondu dans un sourire: "Nous allons nous en charger".

Ces propos avaient suscité le dépôt de plus de 6.400 plaintes par de simples citoyens et des organisations.

Les juges ont lu plusieurs de ces plaintes: "Nous nous sentons discriminés" et "Nos enfants ont peur". "Ils se demandent s'ils doivent retourner au Maroc, surtout quand des personnes scandent +moins, moins+", confie une femme d'origine marocaine dont la déclaration a été lue à l'audience.

- Contre-attaque contre 40 plaignants -

La défense a mis l'accent sur plusieurs autres plaintes lues par le tribunal, affirmant que beaucoup avaient été rédigées par des proches ou la police et que les plaignants ne savaient pas ce qu'ils signaient.

De nombreuses déclarations ont été prises dans des mosquées aux Pays-Bas et semblent avoir été écrites selon la même ligne, ont estimé les juges.

M. Knoops a par ailleurs affirmé que son client contre-attaquait quarante plaignants d'origine marocaine, qui réclamaient 500 euros de dédommagement du député. A son tour, Geert Wilders réclame 1.150 euros à chacun pour l'aider à payer ses frais d'avocat.

Le procès se tient dans un lieu hautement sécurisé choisi pour le politicien le mieux protégé des Pays-Bas.

Avant l'audience, une poignée de sympathisants s'étaient rassemblés, munis de banderoles scandant "Moins de chevaliers de la moralité, plus de patriotes".

Il s'agit d'un second procès de ce type pour Geert Wilders, relaxé en 2011 après avoir comparu à l'ensemble des audiences.

Lors d'audiences préliminaires, l'homme politique, qui divise dans un pays se targuant de tolérance multiculturelle, avait répété n'avoir "aucun regret" après avoir dit ce que "des millions de citoyens néerlandais pensent".

Toutefois, pour les juges, les hommes politiques "ont un rôle important à jouer pour éviter de nourrir l'intolérance en faisant ce genre de déclarations publiques", avaient-ils souligné à la mi-octobre.

Geert Wilders risque une peine maximale de deux ans de prison et une amende de 20.000 euros, mais selon les experts, une amende plus légère ou une peine de travail d'intérêt général seraient plus probables en cas d'éventuelle première condamnation.

L'audience reprend jeudi avec le témoignage d'experts. Le verdict est attendu le 9 décembre.

jhe/shm/jkb/ger/prh