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31/10/2016 19:00 EDT | Actualisé 01/11/2017 01:12 EDT

Le pape rencontre les catholiques de Suède, une minorité traditionnaliste dans un pays ultra-sécularisé

Le pape François, venu lundi en Suède prôner l'unité avec les luthériens, s'adressera mardi à la minuscule communauté catholique, qui s'accroche aux traditions dans un pays ultra-sécularisé où les pasteurs luthériens se marient et affichent leur homosexualité.

François a participé la veille au lancement de l'année du 500e anniversaire de la Réforme protestante de Martin Luther, qui fut pourtant excommunié au 16e siècle.

Dans la cathédrale de Lund, le pape François et les hauts représentants mondiaux luthériens ont exprimé leurs profonds regrets face aux massacres et préjugés issus du schisme entre chrétiens voici 500 ans, appelant à poursuivre le dialogue vers l'unité.

Et pourtant la concorde affichée masque encore des différends doctrinaux et liturgiques importants. A commencer par la messe papale de mardi célébrant "tous les saints", qui ne sont pas reconnus par les protestants.

Cette célébration se fera en latin et en suédois dans un grand stade de Malmö (sud) à partir de 09H30 (08H30 GMT) en présence de 24.000 fidèles de l'Eglise catholique romaine, essentiellement composées de migrants ainsi que de convertis.

Anders Arborelius, unique archevêque catholique de Suède, sait gré au Vatican de maintenir le cap la tradition catholique envers et contre les réformes sociétales dont la Suède s'est faite la championne.

Le pape argentin "vient d'un autre continent et a des façons bien à lui de s'exprimer qui peuvent expliquer qu'il soit perçu comme progressiste, plus ouvert à la diversité des modes de vie", avance ce converti.

Pour autant "on ne peut pas dire qu'il ait modifié en aucune façon la doctrine" de l'Eglise catholique sur la famille, la parentalité, l'homosexualité ou l'ordination des femmes, se félicite-t-il.

Si les propos mesurés du Saint-Père sur l'homosexualité et les droits des femmes lui valent une image de pape "moderne", un gouffre sépare le Vatican des moeurs libérales suédoises.

En Suède, le ministère pastoral est ouvert aux femmes depuis 1960, les pasteurs peuvent marier des couples gays depuis 2009 et peuvent ainsi eux-mêmes convoler en justes et religieuses noces avec un partenaire du même sexe. Les couples homosexuels ont accès à la procréation médicale assistée, un épouvantail pour beaucoup de catholiques.

- Place-forte de la doctrine -

L'Eglise luthérienne de Suède compte officiellement 6,2 millions de fidèles enregistrés et acquittant l'impôt religieux, soit 62% de la population. Mais pratique et croyance sont parmi les plus faibles du monde, et l'Eglise majoritaire a perdu plus de 550.000 fidèles en dix ans. L'Eglise catholique, elle, recrute à tour de bras.

Aujourd'hui "le nombre de membres progresse de 3 à 4% par an, principalement en raison de l'immigration", indique à l'AFP le responsable du registre des fidèles, Michel Louis, d'origine libanaise.

"Historiquement il y a eu différentes vagues. Actuellement, les fidèles viennent des pays touchés par la guerre, Syrie et Irak, dans les années 80 du Liban, dans les années 60 et 70 d'Amérique latine, etc.", explique-t-il.

L'Église catholique de Suède revendique 113.000 membres (1,1% de la population), contre 87.000 seulement en 2000, mais estime le nombre réel de catholiques dans le pays à 150.000.

Elle tient lieu pour certains de "place-forte" de la doctrine catholique dans un pays peu religieux et qui a élevé au rang de vertus cardinales la tolérance, l'égalité entre les sexes et la promotion des droits des minorités sexuelles.

"Il est évident que nous vivons dans un pays où nous sommes sans cesse confrontés à des gens dont nous ne partageons pas toujours le point de vue", euphémise l'archevêque Arborelius.

Critique d'une Eglise luthérienne qu'il juge trop poreuse à l'évolution des moeurs, l'écrivain suédo-italien Marcus Birro a annoncé avec fracas en 2014 qu'il abandonnait le protestantisme pour se convertir au catholicisme.

Issue elle aussi du protestantisme, Agneta Sofiadotter, une artiste de 62 ans résidant à Lund, explique que "les convertis ne sont pas aussi ouverts aux réformes" que les chrétiens historiques d'Europe ou d'Amérique du Sud.

Des paroisses catholiques célèbrent la messe en latin. Il y règne une grande ferveur, la prière est solennelle et les rangs sont serrés quand les bancs des églises luthériennes sont clairsemés.

C'est en partie pour cette riche liturgie qu'Agneta Sofiadotter a embrassé le catholicisme. "Dans l'Eglise luthérienne, on prie à peine ensemble (...). Le luthéranisme est réduit à la vie associative", estime-t-elle.

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