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31/10/2016 01:49 EDT | Actualisé 01/11/2017 01:12 EDT

Le Liban se dote enfin d'un président, victoire assurée pour Aoun

Le Parlement libanais doit élire lundi à la présidence l'ex-général Michel Aoun, mettant fin à un vide institutionnel de deux ans et demi en raison des profondes divisions liées notamment à la guerre en Syrie.

Alors que le Liban est sans président depuis mai 2014, l'élection de M. Aoun, 81 ans, est le fruit d'un laborieux compromis entre les principales factions politiques, habituellement promptes à s'affronter sur tous les dossiers.

Des partisans du général se sont rassemblés dès lundi matin sur la place des Martyrs, dans le centre de Beyrouth, non loin du Parlement. Ils arboraient la couleur orange du mouvement de M. Aoun, le "Courant patriotique libre", tandis que la sécurité avait été renforcée aux abords du Parlement et dans la capitale.

La séance du Parlement doit débuter à midi (10H00 GMT) et il s'agit de la 46e réunion organisée afin d'élire un président, pour un mandat de six ans non-renouvelable.

"On compte les minutes jusqu'à l'élection du général Aoun, on attend ça depuis longtemps", lance Jean, un coiffeur de 35 ans, originaire de la banlieue de Dekwaneh. "Je vais fermer mon salon après l'élection pour participer dans le centre-ville aux célébrations qui dureront jusqu'à l'aube!", s'enthousiasme-t-il.

Cette percée survient dans un contexte de blocage des institutions publiques et de paralysie économique à cause d'un malaise politique généralisé dans ce pays voisin de la Syrie en guerre.

Les autorités, minées par la corruption, s'avèrent également incapables d'offrir à la population les services de base comme le ramassage des ordures, la distribution électrique et de l'eau potable.

Trapu et rondouillard, Michel Aoun est un ex-militaire chrétien maronite adulé par ses partisans et haï par ses adversaires. Il peut compter sur l'appui du Hezbollah, le puissant mouvement islamiste chiite qui soutient le régime de Damas.

Mais il a aussi obtenu l'appui inopiné de deux de ses adversaires politiques: le chef chrétien maronite des Forces libanaises (FL) Samir Geagea et l'ancien Premier ministre musulman sunnite Saad Hariri. Tous deux sont hostiles au Hezbollah et au président syrien Bachar al-Assad.

Au Liban, les trois principaux postes de l'État sont dévolus aux trois plus importantes communautés religieuses: la présidence de la République à un chrétien maronite, celle du Parlement à un musulman chiite et le poste de Premier ministre à un musulman sunnite.

- 'Président fort' -

Le président joue un rôle d'arbitre mais ses prérogatives ont été fortement rognées depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), dans un système politique bâti sur un délicat équilibre entre les différentes communautés.

Jusqu'à maintenant, toutes les tentatives d'élire un chef de l'Etat s'étaient avérées infructueuses. A 45 reprises, le Parlement a essayé en vain d'atteindre le quorum des deux tiers nécessaire pour organiser le vote, soit 86 des 128 députés (répartis à parts égales entre chrétiens et musulmans).

Car chaque fois, les 20 élus du bloc parlementaire de M. Aoun et les 13 députés du Hezbollah ont boycotté les séances.

Le chef doit être élu à bulletin secret à la majorité des deux tiers des députés au premier tour, et à la majorité absolue aux tours suivants (soit 65 voix).

Selon un sondage du quotidien libanais Assafir, l'ancien militaire, toujours appelé "le général" au Liban, pourrait remporter l'élection dès le premier tour, avec 94 voix.

Le président du Parlement, Nabih Berri, a toutefois indiqué qu'il ferait partie de l'opposition, précisant que les 13 députés de son mouvement chiite Amal ne voteraient pas pour M. Aoun.

En tout cas, la Syrie exultait lundi. Le quotidien proche du pouvoir Al-Watan publie à la une la photo de Michel Aoun, avec ce commentaire: "C'est le triomphe de la résistance, de la Syrie et de ses alliés. C'est le triomphe de Michel Aoun. C'est la victoire pour l'option nationale".

L'ambassadeur de Syrie est arrivé avec les autres diplomates au Parlement pour assister à la session.

Dans certaines régions, les partisans de Aoun ont érigé des bannières vantant les mérites "d'un président fort" qui peut "faire des miracles".

Pour le député Alain Aoun, qui vante "la santé de fer" et la "mémoire d'éléphant" de son oncle, "le général" est un homme "patient, têtu et persévérant".

Ses détracteurs le décrivent comme un homme colérique, capable d'audacieuses volte-face politiques.

Sur les réseaux sociaux, des internautes partagent ainsi depuis plusieurs jours des vidéos de l'ancien militaire dénonçant comme "illégitime" ce même Parlement qui doit aujourd'hui l'élire, l'institution ayant prolongé à deux reprises son mandat.

L'élection de M. Aoun devrait permettre à M. Hariri de devenir Premier ministre, un poste qu'il avait déjà occupé entre 2009 et 2011.

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