NOUVELLES
31/10/2016 09:26 EDT | Actualisé 01/11/2017 01:12 EDT

L'honneur retrouvé du régiment de Mossoul, de retour aux portes de sa ville

C'est leur ville. Leur bataille. Leur honneur. Sur le front irakien, le régiment de Mossoul, celui-là même qui a quitté la ville en dernier quelques jours avant que le groupe Etat islamique (EI) n'y déclare son "califat", est de retour.

En première ligne, la colonne des blindés de Mossoul se met en branle à l'aube, depuis le village chrétien de Bartalla où elle a récemment établie sa base. Cap sur l'est, avec la capitale auto-proclamée du "califat" en ligne de mire.

Les premières hostilités viennent du côté des jihadistes. Les obus de mortiers se mettent à pleuvoir. Une fois à droite, une fois à gauche de l'immeuble sur lequel est posté le chef du régiment, le lieutenant-colonel Mountathar Salem. Le troisième frôle l'immeuble. L'homme ne sourcille pas.

Mais rapidement la rumeur monte: un de ses infirmiers restés au pied du bâtiment pour réceptionner ses camarades blessés a été touché. Aussitôt, l'officier en uniforme camouflage se met à courir. Le visage préoccupé, il surveille l'homme allongé au rez-de-chaussée de l'immeuble en construction, un éclat d'obus logé dans le torse. Le poumon n'est pas touché, il est rapidement évacué. Les tirs au loin continuent.

Le lieutenant-colonel recommence à transmettre inlassablement des litanies de chiffres, les localisations de voitures piégées repérées au-devant de ses troupes. A chaque transmission par talkie-walkie, répond un énorme champignon de fumée: l'explosion des véhicules bourrés de TNT sous les bombes larguées par les avions de la coalition, trop hauts dans le ciel pour être aperçus à l'oeil nu.

- Combats dans la carrière -

Au fur et à mesure de l'avancée, l'objectif du jour se dessine: une immense carrière à l'entrée du village de Bazwaya où est implantée une entreprise de construction. Les blindés louvoient entre les engins piégés et les tirs de snipers. Les hommes en descendent et entament la fouille des ateliers au sol couvert de bris de verre des fenêtres parties en éclats sous les tirs.

Fusil en main, ils avancent cachés derrières des murs, des machines à découper ou des plaques de carrelage, et enfoncent les portes à coups de pied. Dans les talkie-walkies, la voix du colonel Moustapha al-Obaïdi crachote: "Ils fuient, les jihadistes fuient vers Mossoul".

Mossoul, les hommes du lieutenant-colonel Mountathar l'ont quittée "le 10 juin 2014 à 10 heures du matin exactement", se rappelle l'officier. Ce jour-là, son régiment des unités du contre-terrorisme irakien a été forcé d'abandonner la base militaire de Ghazlani à l'entrée de Mossoul. "C'est le Premier ministre Nouri al-Maliki à l'époque" qui en a décidé ainsi, "nous, on était prêts à rester", affirme-t-il à l'AFP.

Mais ils n'étaient que quelques centaines d'hommes. Toutes les autres forces gouvernementales, en pleine débâcle, avaient fui face aux troupes du "califat". "Sacrifier nos hommes, les mieux entraînés, dans une bataille qu'on savait inégale, n'en valait pas la peine", ont jugé les décideurs, explique le colonel Mourtada.

Alors ces unités d'élite se sont redéployées à Ramadi, Beiji ou Tikrit, reprenant la route depuis le sud et l'est pour chasser l'EI.

Aujourd'hui, ils n'ont plus que deux villages à reprendre et ils pourront revoir Ghazlani. Quand il en parle, le colonel Mourtada a les yeux brillants: "on a vécu là-bas, on a fait notre boulot là-bas", répète-t-il. Sur cette base, tous évoquent avec nostalgie leur camaraderie, dans un pays déchiré par les fractures confessionnelles.

Le colonel Mourtada, chiite venu de la ville sainte de Kerbala, se rappelle avec émotion le "martyr" Ahmed, un sunnite. Le colonel Moustapha, sunnite de Bagdad, travaille en coordination avec le colonel Hamza Khalil, le Turkmène chiite de Tel Afar. "Il n'y a que dans le contre-terrorisme que le sectarisme est resté à la porte", répète le lieutenant-colonel Mountathar.

- Quelques centaines de mètres -

A Ghazlani pourtant, lui et ses hommes savent déjà qu'ils ne trouveront que désolation. "On avait un stade, un stand de tir, une prison, un héliport...", se souvient le commandant.

D'un glissement de doigt sur sa tablette, il fait apparaître le résultat du dernier survol de la coalition internationale sur Ghazlani: il ne reste rien, seulement une immense étendue beige, du sable et des gravats. "Les jihadistes y sont allés au bulldozer, ils ont tout rasé", rapporte le colonel Mourtada.

Car les unités du contre-terrorisme, créées et formées par les Américains, se sont fait une réputation dans tout l'Irak et jusque dans les rangs des jihadistes. Il y a même des milices qui ont peint leurs blindés en noir comme ceux du contre-terrorisme pour effrayer l'ennemi en lui faisant croire que ces unités d'élite sont à ses trousses, rapportent les hommes du régiment de Mossoul, pas peu fiers.

Aujourd'hui encore, ils sont décidés à être à la hauteur de leur réputation. Une fois le "nettoyage" des deux derniers villages fini, "on sera à quelques centaines de mètres de Mossoul", assure le colonel Hamza. Aujourd'hui, la progression est rapide, l'enthousiasme palpable et "le moral est au plus haut", dit-il à l'AFP.

Bientôt, veulent-ils tous croire, Mossoul aussi sera débarrassée de l'EI "qui a ruiné l'image de l'islam à travers le monde", se réjouit déjà le colonel, fusil au poing et foulard noir serré autour du cou.

sbh/jmm/jri