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31/10/2016 06:00 EDT | Actualisé 01/11/2017 01:12 EDT

Espionnage à La Presse : Patrick Lagacé « scandalisé »

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la juge de paix Josée de Carufel se trouvent sur la sellette lundi, après que La Presse eut révélé qu'ils avaient respectivement demandé et autorisé l'espionnage de son chroniqueur Patrick Lagacé afin d'identifier ses interlocuteurs.

Le quotidien révèle que ce dernier a fait l'objet de 24 mandats de surveillance entre janvier et juillet 2016. La police a ainsi pu mettre la main sur toutes les métadonnées de son téléphone cellulaire et obtenir la possibilité de connaître sa position grâce à la puce GPS qui y est intégrée.

Armée de ces métadonnées, SPVM a pu ensuite contraindre des fournisseurs de services téléphoniques à lui fournir les noms de tous les individus qui ont pu contacter Patrick Lagacé, au téléphone ou par message texte.

L'espionnage de Patrick Lagacé a été demandé par le service des enquêtes spéciales du SPVM dans le cadre du projet Escouade, visant des enquêteurs spécialisés dans les gangs de rue et le trafic de drogues, qui étaient soupçonnés de fabriquer de la preuve.

C'est dans le cadre d'un volet de cette enquête visant plus précisément le policier Fayçal Djelidi que M. Lagacé a été espionné. Les policiers avaient réalisé que cet agent parlait à des médias et le soupçonnaient d'« abus de confiance ».

L'espionnage de Patrick Lagacé a été confirmé par l'ancien patron des Affaires internes du SPVM, Costa Labos, et deux policiers responsables du dossier, Iad Hanna et Normand Borduas, qui ont rencontré le chroniqueur vendredi dernier.

« Le fond du problème, c'est la juge de Carufel », dit Lagacé

Dans une série d'entrevues accordées lundi matin à Radio-Canada, M. Lagacé s'en est pris non seulement au climat de « paranoïa » qui règne au SPVM, engagé dans une « chasse aux sorcières » visant les responsables de fuites, mais à la compétence de la juge de paix qui a autorisé les mandats de surveillance.

« Pour moi, le fond du problème, c'est la juge de Carufel », affirme M. Lagacé, qui n'hésite pas à parler d'un « scandale ».

« Les journalistes ne sont généralement pas [espionnés à leur insu] pour des raisons évidentes, qui sont reconnues d'abord dans nos lois, dans la Constitution, sur une presse libre, et qui ont été balisées par les tribunaux, normalement la Cour suprême », rappelle M. Lagacé.

« L'idée n'est pas de mettre un journaliste au-dessus des lois. L'idée est de reconnaître que l'activité journalistique est importante pour la société », poursuit-il. « Donc la police ne peut pas [...] sur un simple soupçon se mettre à espionner des journalistes, et c'est exactement ce qu'ils ont fait. »

M. Lagacé rappelle que la Cour suprême du Canada a établi un test en neuf points destiné servir de guide aux juges qui se font demander des mandats de perquisition visant des journalistes ou des médias.

Dérive « dangereuse » pour la démocratie

Pour le vice-président à l'information de La Presse, Éric Trottier, il s'agit là d'une « première », qui « ouvre la porte à une dérive vraiment dangereuse pour notre système démocratique ».

Le travail des journalistes d'enquête consiste à publier des informations souvent embarrassantes pour les gens qui sont au pouvoir, et cela repose le plus souvent sur des « sources confidentielles », qui « prennent le risque de parler à un journaliste pour le bien commun, pour l'intérêt public ». Protéger ces sources est donc capital.

Les avocats de La Presse se sont présentés au palais de justice de Montréal lundi pour réclamer que toutes les données saisies lui soit remises. L'affaire sera débattue le 24 novembre.

D'ici là, la direction du quotidien entend déployer des solutions technologiques pour s'assurer que les communications de tous ses journalistes, et plus particulièrement ses journalistes d'enquête, soient mieux protégées.

Dans un texte publié dans son journal, M. Trottier indique en outre que « le lien de confiance qui devrait normalement être à la base des relations entre le SPVM et une grande institution comme la nôtre est rompu » et que La Presse agira désormais « en fonction de ces nouveaux paramètres ».

Il a précisé à Radio-Canada que le quotidien va évaluer « tous les recours juridiques » qui pourraient être intentés contre le SPVM.