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30/10/2016 09:59 EDT | Actualisé 31/10/2017 01:12 EDT

Venezuela : amorce de dialogue gouvernement-opposition en pleine crise

Le gouvernement du président Nicolas Maduro et l'opposition vénézuélienne doivent entamer dimanche des discussions sur la crise politique qui paralyse le pays, première rencontre depuis près d'un an entre des camps hostiles et méfiants.

Cette rencontre, soutenue par le Vatican et l'Union des nations sud-américaines (Unasur), doit intervenir alors que l'opposition de centre droit cherche par tous les moyens à faire partir le président socialiste, qu'elle juge responsable de l'une des pires crises économiques de l'histoire du pays.

"Un processus de dialogue va commencer avec les groupes d'opposition", a déclaré la ministre vénézuélienne des Affaires étrangères Delcy Rodriguez.

Jusqu'à samedi soir, le plus grand flou entourait ces pourparlers initialement prévus à Margarita, une île vénézuélienne des Caraïbes (nord) : l'opposition affichant ses divisions sur l'opportunité d'y participer tandis que le président Maduro affirmait qu'il y assisterait, lui, dans tous les cas.

Un des dirigeants de l'opposition, réunie au sein de la Table pour l'unité démocratique (MUD), Jesus Torrealba, a affirmé tard samedi que cette coalition prendrait part à la rencontre, même si elle le faisait avec "scepticisme et méfiance".

Les antichavistes (du nom de l'ex-président défunt Hugo Chavez, 1999-2013) apparaissaient néanmoins toujours divisés dimanche, certains leaders affirmant que "les conditions n'étaient pas en place pour un dialogue". On ignorait qui participerait aux pourparlers.

Le lieu et l'heure de la rencontre de dimanche n'avaient pas été annoncées officiellement mais certaines sources ont assuré à l'AFP que les discussions auraient lieu dans l'après-midi dans un hôtel de Caracas.

L'annonce de ces discussions de dimanche, les premières depuis la victoire de l'opposition aux législatives fin 2015, qui ont mis fin à 17 ans d'hégémonie chaviste, est intervenue au cours du sommet ibéro-américain, samedi à Carthagène, en Colombie.

- Climat de crispation -

Ces pourparlers débutent dans un climat de grande crispation au Venezuela, le président Maduro ayant menacé de faire arrêter les dirigeants de l'opposition si un processus de destitution était engagé contre lui au Parlement, comme c'est prévu cette semaine.

Pour sa part, l'opposition a appelé à une "marche pacifique" jeudi vers le palais présidentiel de Miraflores, un lieu hautement symbolique : le 11 avril 2002, une manifestation y avait viré au coup d'Etat et le président Hugo Chavez en avait été délogé pendant trois jours.

Tandis qu'un des porte-parole du président Maduro qualifiait cette manifestation de "folie" et accusait les antichavistes de vouloir "attiser la violence", le vice-président vénézuélien convoquait les sympathisants du régime au même endroit, au même moment. "On va les attendre", a prévenu Aristobulo Isturiz.

Selon Delcy Rodriguez, la rencontre de dimanche vise à mettre un terme aux actions "anticonstitutionnelles et antidémocratiques" de l'opposition.

En face, la MUD a pour sa part réitéré dans un communiqué qu'elle demandait au gouvernement de respecter son droit constitutionnel à organiser un référendum visant à révoquer le président.

Un appel à la grève générale de l'opposition pour mettre sous pression le chef de l'Etat avait été partiellement suivi vendredi. Au cours des derniers jours, des affrontements entre la police anti-émeutes et des manifestants pro et anti-gouvernement se sont produits dans le pays.

Avec ces initiatives, l'opposition entend riposter au gel par le Conseil national électoral (CNE) du processus destiné à organiser un référendum en vue de révoquer le président.

Selon un sondage du cabinet Hinterlaces, diffusé dimanche, 83% des Vénézuéliens sont pour le dialogue et 87% favorables à la médiation du pape François.

Le Venezuela vit l'une des pires crises économiques de son histoire, asphyxié par la chute des cours du brut, source de 96% de ses devises. Son inflation, aggravée par les pénuries, est devenue totalement incontrôlable: elle devrait atteindre 475% cette année selon le FMI puis exploser à 1.660% en 2017.

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