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30/10/2016 03:26 EDT | Actualisé 31/10/2017 01:12 EDT

Vendée Globe - Une alimentation aux petits oignons

Un réchaud, une multitude d'aliments sous vide et quelques madeleines de Proust: les skippers du Vendée Globe se sont concoctés un programme d'alimentation, entre besoin et plaisir, pour tenir trois mois seul en mer.

Dernière roue du carrosse, l'alimentation est devenue aujourd'hui un compartiment important de la performance, au même titre que l'hydratation ou le sommeil.

"L'essentiel sur cette course est de rester à 100% de ses capacités. Quand on est déshydraté par exemple, on perd 20% de ses capacités physiques et mentales", souligne à l'AFP le médecin officiel du Vendée Globe, Jean-Yves Chauve.

Jeune bizut à 38 ans, Fabrice Amédéo a bien compris l'enjeu de la nutrition à bord de son bateau, qui doit être la plus efficace et la moins lourde en termes de poids.

"On n'a pas besoin du même nombre de calories dans le Grand Sud que dans les Alizés ou dans l'Equateur. Il ne faut pas se rater parce qu'il y a un risque de perte de poids, de perte de masse musculaire et donc de diminution de la performance voire même de la vigilance du marin. Donc un vrai défi sur l'alimentation", explique le skipper.

Dans sa cabine équipée d'un désalinisateur, Amédéo s'est aménagé un tout petit coin cuisine, avec une petite bouteille de gaz, un bol de randonneur et des couverts pour préparer ses repas.

- 90 petits sacs -

Les repas, ce sont soit des plats lyophilisés - très légers en poids mais lourds à digérer - soit des plats appertisés, c'est-à-dire avec des morceaux.

"J'ai 90 petits sacs numérotés de 1 à 90 en fonction des zones traversées", poursuit le navigateur qui a établi ses menus journaliers "hyper carrés et rigoureux" avec une nutritionniste, Virginie Auffret.

Et Amédéo s'est accordé deux petits plus: de l'huile d'olive pour agrémenter et quelques bonbons.

"Ca me rappelle les moments avec mes enfants. Je vais les dispatcher de manière un peu aléatoire dans les 90 sacs, pour avoir de temps en temps une petite surprise sympa, dans un sac".

Pour Jean-Yves Chauve, "les navigateurs ont découvert que la notion de plaisir était importante". "La blanquette de veau qui rappelle celle de la grand-mère et qui renvoie à des bons moments à terre. Sur le plan de l'équilibre psychologique, c'est important".

Pour la nutritionniste Virginie Auffret, qui a travaillé avec 5 skippers engagés sur cette 8e édition du Vendée Globe, "il y a forcément une madeleine de Proust à bord du bateau".

Quant à la prise des repas (3 par jour agrémentés de 2 collations), elle ne doit pas se faire de manière anarchique mais régulière.

"Notre corps a une mémoire physiologique, il est donc important de garder une régularité sur la prise alimentaire", insiste Virginie Auffret, alors que les skippers ont tendance à oublier de manger, trop pris par la gestion du bateau.

- Le fantasme de la côte de boeuf -

Ils souffrent donc rarement de la faim, sauf quand il y a un problème de rationnement.

Jean-Yves Chauve se souvient de Yves Parlier, qui avait démâté en 2000. Il était resté 15 jours à reconstruire son mât, épuisant ses réserves alimentaires, calculées au jour près. Il avait repris la course, en n'ayant plus rien à manger. Il avait terminé le Vendée Globe avec un poisson qu'il avait réussi à pêcher et des algues.

"Imaginez! Pour faire une 1 calorie, il faut 100 grammes d'algues. Je lui ai fait une prise de sang à l'arrivée, son taux d'iode était impressionnant!"

Enfin, les skippers auront à bord quelques minis bouteilles de champagne, pour les passages symboliques comme le Cap Horn. "C'est plus pour amuser la galerie!", lance Fabrice Amédéo qui imagine déjà son retour sur la terre après ces trois mois en mer.

"Moi en général j'ai un fantasme à l'approche de l'arrivée: une côte de boeuf avec des frites, de la salade, une bière et un moelleux au chocolat. Sans crème anglaise", glisse-t-il, avec un large sourire.

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