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30/10/2016 14:56 EDT | Actualisé 31/10/2017 01:12 EDT

Présidentielle en Moldavie: victoire incertaine du candidat pro-russe

L'incertitude régnait dimanche soir sur les résultats du premier tour de l'élection présidentielle en Moldavie: le candidat pro-russe Igor Dodon l'a emporté mais risque d'échouer dans son pari d'être élu dès le premier tour.

Après le dépouillement de plus de 95% des bulletins des vote, Igor Dodon obtiendrait 49,2% des suffrages, selon les chiffres publiés par la Commission électorale centrale de cette ex-République soviétique de 3,5 millions d'habitants nichée entre l'Ukraine et la Roumanie.

M. Dodon a un temps semblé en mesure de l'emporter dès le premier tour mais sa principale concurrente, la pro-européenne Maia Sandu, a vu son score augmenter à mesure qu'étaient dépouillés les bulletins de la capitale Chisinau, où l'électorat lui est plus favorable.

Elle est créditée de 37,5% des suffrages, tandis qu'un seul des sept autres candidats ne dépasserait la barre des 5%.

Les résultats définitifs ne seront pas connus avant lundi matin et le dépouillement des bulletins des Moldaves vivant à l'étranger. Le second tour, s'il y en a un, devrait se tenir le 13 novembre.

Pour cette première élection présidentielle au suffrage universel depuis 1997, mettant aux prises les partisans d'un rapprochement avec la Russie et les défenseurs d'une intégration à l'Union européenne, les Moldaves se sont peu mobilisés puisque seuls 48,97% des électeurs se sont rendus aux urnes, d'après les chiffres de la Commission électorale.

"Je voudrais remercier les électeurs pour leur participation active à cette élection. La principale conclusion, c'est que les électeurs ne croient plus en ce pouvoir (...) Notre victoire est inévitable", a réagi Igor Dodon, 41 ans, lors d'une conférence de presse.

Aussitôt après la fermeture des bureaux de vote, Maia Sandu avait dit croire en la tenue d'un second tour. "Je veux remercier mes partisans et tous ceux qui sont venus voter. Les petits moyens ont donné une grande campagne et nous avons fait quelque chose de grand. Rendez-vous au second tour", a-t-elle déclaré.

Ancien ministre de l'Economie dans un gouvernement dirigé par des communistes, Igor Dodon a promis de "rétablir un partenariat stratégique avec la Russie" et d'oeuvrer pour "annuler le volet économique de l'accord d'association avec l'UE", signé en 2014 par les autorités pro-européennes.

"Je ne suis pas contre l'UE", a-t-il nuancé dans une interview à l'AFP, estimant que c'était "dans l'intérêt de la Moldavie" de mettre en oeuvre les réformes exigées par Bruxelles, notamment en ce qui concerne la justice.

"On ne peut pas faire sans la Russie, c'est notre marché à l'exportation", a expliqué un électeur de 66 ans, Igor Lopukhov, qui a voté pour Igor Dodon.

- Classe politique corrompue -

Maia Sandu, candidate de l'opposition de centre droit, promet pour sa part une "Moldavie européenne". "Nous prônons la voie de l'intégration européenne car au sein de l'UE, nous voyons une vraie démocratie et la prospérité pour tous ceux qui y travaillent", a déclaré à l'AFP cette ex-ministre de l'Education, qui a travaillé pour la Banque mondiale .

"Il nous faut construire l'Europe à la maison", abondait Ion Lupusor, électeur de 27 ans qui vient de rentrer d'Europe où il a étudié. "Si nous ne votons pas, les retraités décideront du développement du pays et ils sont pour un retour de l'Union soviétique", a-t-il ajouté.

En glissant son bulletin dans l'urne, Maia Sandu, qui a créé cette année son parti politique Action et Solidarité, a appelé à "apporter de l'ordre à la Moldavie". "Nous ne devons pas avoir peur. Nous devons prouver aux voleurs et aux corrompus que nous sommes plus nombreux".

La Moldavie est l'un des pays les plus pauvres d'Europe: 41% de ses 3,5 millions d'habitants vivent avec cinq dollars par jour, selon la Banque mondiale.

En 2015, la découverte de la disparition d'un milliard de dollars des caisses de trois banques du pays, soit l'équivalent de 15% du produit intérieur brut (PIB), avait provoqué d'énormes manifestations réunissant aussi bien pro-européens que prorusses, issus de forces de droite comme de gauche.

Depuis, trois gouvernements se sont succédé sans calmer la colère des Moldaves, qui jugent leur classe politique largement corrompue.

ag-tbm/glr