NOUVELLES
30/10/2016 03:00 EDT | Actualisé 31/10/2017 01:12 EDT

Moldavie: première élection présidentielle en 20 ans

Les Moldaves ont commencé de voter dimanche pour la première élection présidentielle au suffrage universel depuis 1997, un scrutin s'annonçant serré entre les partisans d'un rapprochement avec la Russie et les défenseurs d'une intégration à l'Union européenne.

Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (05H00 GMT) dans ce pays de 3,5 millions d'habitants, ébranlé par une profonde crise politique après la découverte l'an passé d'une gigantesque fraude bancaire. Ils fermeront à 21H00 (19H00 GMT) mais, faute de moyens, aucun sondage de sortie des urnes n'a été mis en place et les premiers résultats ne sont attendus que dans la nuit.

Dans la capitale Chisinau et le long des grandes routes du pays, les affiches électorales des neuf candidats rappellent que, pour la première fois depuis 1997, le chef de l'Etat sera élu au suffrage universel en application d'une décision en mars de la Cour constitutionnelle.

L'élection met aux prises les forces pro-européennes au pouvoir et l'opposition prorusse dont le chef de file, le leader du Parti des socialistes (PS) Igor Dodon, est donné favori pour remporter le premier tour.

Ancien ministre de l'Economie dans un gouvernement dirigé par des communistes, cet homme de 41 ans promet de "rétablir un partenariat stratégique avec la Russie" et d'oeuvrer pour "annuler le volet économique de l'accord d'association avec l'UE", signé en 2014 par les autorités pro-européennes.

"Je ne suis pas contre l'UE", a nuancé Igor Dodon dans une interview à l'AFP, estimant que c'est "dans l'intérêt de la Moldavie" de mettre en oeuvre les réformes exigées par Bruxelles notamment en ce qui concerne la justice.

"On ne peut pas faire sans la Russie, c'est notre marché à l'exportation", fait valoir Igor Lopukhov, 66 ans, qui a voté pour Igor Dodon.

La principale concurrente de ce dernier est Maia Sandu, 44 ans. Candidate de l'opposition de centre droit, cette ex-ministre de l'Education qui a travaillé pour la Banque mondiale promet une "Moldavie européenne".

"Nous prônons la voie de l'intégration européenne car au sein de l'UE, nous voyons une vraie démocratie et la prospérité pour tous ceux qui y travaillent", a-t-elle déclaré à l'AFP, tout en reconnaissant que les autorités auraient beaucoup de travail pour regagner la confiance des Moldaves.

- 'Polarisation artificielle' -

"Il nous faut construire l'Europe à la maison", abonde Ion Lupusor, 27 ans. "Si nous ne votons pas, les retraités décideront du développement du pays et ils sont pour un retour de l'Union soviétique", ajoute-t-il.

Ancienne république soviétique nichée entre la Roumanie et l'Ukraine, la Moldavie est l'un des pays les plus pauvres d'Europe, 41% de sa population vivant avec cinq dollars par jour selon la Banque mondiale.

En 2015, la découverte de la disparition d'un milliard de dollars des caisses de trois banques du pays, soit l'équivalent de 15% du produit intérieur brut (PIB), avait provoqué d'énormes manifestations réunissant aussi bien pro-européens que prorusses, issus de forces de droite comme de gauche.

Depuis, trois gouvernements se sont succédé sans calmer la colère des Moldaves, qui jugent leur classe politique largement corrompue.

Le chef de la mission de l'UE en Moldavie, Pirkka Tapiola, a reconnu dans une interview à l'AFP que "la crédibilité de l'UE et le soutien à une voie européenne" avaient baissé au sein de la population.

Il l'a expliqué par le désenchantement provoqué par "des gouvernements successifs qui se sont présentés comme pro-européens" mais n'ont pas mis en pratique les réformes promises, tout en jugeant que "parler de pro-russes et de pro-européens" relève d'une "polarisation artificielle".

La commission électorale centrale moldave a assuré que le bon déroulement du vote serait surveillée de près, quelque 3.200 observateurs moldaves et 562 étrangers étant déployés dans environ 2.000 bureaux de votes dans le pays.

bur-tbm/gde/prh/at