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30/10/2016 13:02 EDT | Actualisé 31/10/2017 01:12 EDT

Côte d'Ivoire: incidents pendant le référendum sur la Constitution, faible participation selon l'opposition

Le référendum sur une nouvelle Constitution, pour lequel 6,3 millions d'Ivoiriens étaient appelés aux urnes dimanche, a été émaillé d'incidents dans des bureaux de vote à travers le pays les autorités assurant toutefois que le processus s"est "bien" déroulé "dans l'ensemble".

L'opposition estime que le taux de participation a été très faible alors qu'il n'est pas possible pour le moment de vérifier ces affirmations. Si les bureaux avaient presque tous fermés, la compilation des résultats ne devrait être connue que lundi ou mardi, selon la commission électorale indépendante.

Des groupes de jeunes ont perturbé le vote, saccagé ou emporté du matériel électoral dans plusieurs villes du pays: à Yopougon et Marcory, deux quartiers populaires, d'Abidjan, à Gagnoa (270 km à l'ouest d'Abidjan, fief électoral de l'ex-président Laurent Gbagbo), à Divo (70 km de Gagnoa) à Daloa (380 km nord-ouest d'Abidjan), à Dabou (50 km d'Abidjan).

Le ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, a parlé d'incidents dans une "centaine de bureaux de votes (20.000 au total)", mais a assuré que les "choses se (déroulaient) bien dans l'ensemble".

L'opposition a appelé au boycottage du scrutin, reprochant au pouvoir de ne pas avoir consulté ni l'opposition ni la société civile, ainsi que de vouloir faire passer le projet "à la sauvette" avec une campagne de sept jours et une diffusion faible d'un texte qu'elle qualifie de "monarchique "et "rétrograde".

A Yopougon,(Ouest d'Abidjan), réputé pro-opposition, une cinquantaine de jeunes ont bloqué une rue avant que trois d'entre eux ne vandalisent les 9 bureaux de l'école Sicogi II Marché.

- incendie criminel -

"Ils ont commencé à lancer des pierres (...) Puis ils sont entrés, ils ont tout cassé... Ils nous disaient d'arrêter de travailler +parce que la Constitution ne répondait pas aux attentes du peuple, que le président travaillait pour les Français", raconte à l'AFP Nandy Bamba, présidente d'un bureau.

"C'est une manière d'intimider mais nous on n'a pas peur", a affirmé Bahdjata Cissé, commerçante, qui a voté "Oui".

A Marcory, des individus ont fait brûler des pneus dans une salle de classe espérant empêcher le vote.

L'issue du vote de dimanche ne fait de toute façon guère de doute, le taux de participation étant le principal enjeu de ce scrutin.

En août 2000, six mois après le coup d'Etat de Noël 1999, la deuxième Constitution ivoirienne avait recueilli 87% de "oui" pour un taux de participation de 56%.

L'opposition et certains observateurs, estiment qu'il faut que le pouvoir actuel obtienne au moins le même score pour que le nouveau texte soit légitime.

Dimanche en soirée, la coalition Front du refus parle d'un taux de participation entre 3 et 5% alors que la coalition autour du Front populaire Ivoirien assure qu'il se situe entre 6 et 7%. Le leader du FPI Pascal Affi Nguessan estime que s'agit "d'un succès éclatant du mot d'ordre de boycott que nous avons lancé. Il appartient au président Ouattara de tirer les conséquences (...) Soit il retire le texte, soit il démissionne".

Il n'y avait pas une grande affluence dans les bureau de vote, ont constaté des journalistes de l'AFP. Selon des relevés faits par l'AFP à Ecole Riviera-Golf à Abidjan, le taux de participation tournait autour de 20% ou de 43,5% au Bureau 1 de l'école Dauphins de Cocody. A Bouaké (centre-Nord), ancienne capitale de la rébellion, il était de 40% à l'école Kamonoukro et de 46,22% au collège Saint-Jacques.

Après avoir voté à Abidjan, le président Alassane Ouattara a estimé: "Tourner la page de la crise née de la Constitution de 2000 est quelque chose d'essentiel pour le futur de notre nation".

- 'Pour mes enfants' -

"Je fais ça (voter) pour mes enfants", a expliqué à l'AFP Soro Seydou, 61 ans et réparateur de télévision à Bouaké.

Selon le pouvoir, la nouvelle Constitution évacue notamment le concept d'"ivoirité" en clarifiant les conditions d'éligibilité du président. Ses détracteurs avaient reproché à M. Ouattara son origine burkinabè et contesté son éligibilité (il n'avait pu se présenter que grâce à un décret).

Ce concept d'"ivoirité", qui visait les étrangers, notamment ceux originaires du Burkina Faso voisin a miné la stabilité du pays pendant plus de dix ans.

Ce projet prévoit aussi la création d'un poste de vice-président qui alimente les fantasmes. En outre, il crée un Sénat, institutionnalise la Chambre des rois et chefs traditionnels et étend le domaine de compétence du Conseil économique et social à l'environnement.

pgf/jpc