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30/10/2016 07:39 EDT | Actualisé 31/10/2017 01:12 EDT

Brésil/Municipales: un candidat évangélique grand favori à Rio

Les Brésiliens votaient dimanche pour le second tour des municipales dans 57 villes dont l'enjeu principal se situe Rio de Janeiro: la victoire du favori, le sénateur Marcelo Crivella, un candidat évangélique, y confirmerait le virage à droite pris par le pays.

Le premier tour, le 2 octobre, a été marqué par la débâcle historique du Parti des Travailleurs (PT, gauche) de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) et de sa protégée Dilma Rousseff, destituée fin août par le Sénat et remplacée à la tête de l'Etat par Michel Temer du PMDB (centre-droit).

Dimanche, 33 millions d'électeurs doivent départager des candidats en ballotage, notamment dans 18 des 26 capitales des Etats de ce pays-continent de 206 millions d'habitants.

La destinée post-olympique de la "Ville merveilleuse" avec ses quelque cinq millions d'électeurs est l'objet d'une lutte entre deux candidats diamétralement opposés, le sénateur conservateur Crivella et le député local d'extrême-gauche Marcelo Freixo.

"Je suis assez confiant (...) et si les habitants de Rio de Janeiro me font l'honneur de m'élire, je me consacrerai, comme je ne l'ai encore jamais fait, à m'occuper avant tout de la santé, de l'éducation, des transports, de la sécurité, tous les jours de mon mandat", a déclaré M. Crivella du PRB (droite) à la presse avant de voter à Copacabana.

- Eglise versus socialisme -

Entré en politique il y a 14 ans, Marcello Crivella, 59 ans, évêque de l'Eglise universelle du royaume de Dieu (EURD, néo-pentecôtiste), tente pour la troisième fois de se faire élire maire de Rio.

Malgré des révélations chocs de la presse qui a ressorti un livre qu'il a publié en 2002, il devance de 15 points, selon les derniers sondages, son adversaire d'extrême gauche, M. Freixo, 49 ans, du Parti Socialisme et Liberté (PSOL), formé par des dissidents du PT.

Dans cet ouvrage où il évoque son expérience de missionnaire en Afrique M. Crivella accuse l'Église catholique de "prêcher des doctrines démoniaques" - le Brésil est le pays comptant le plus de catholiques au monde - et qualifiant l'homosexualité de "mal terrible".

M. Freixo, qui s'est illustré en tant que député local dans la lutte contre les milices armées, a voté dans le quartier chic de Leblon et voulait encore croire à la victoire.

"Le résultat de l'élection n'est pas défini, je suis très content. Le fait est que nous avons déjà gagné dans le sens d'avoir fait une campagne politique honnête et démocratique", a-t-il déclaré.

"L'avantage de Crivella est grand. Il bénéficie du vide politique laissé par la rupture de l'alliance entre le PT de Lula et le PMDB de centre-droit du maire sortant Eduardo Paes", a toutefois expliqué dimanche à l'AFP le politologue Mauricio Santoro de l'Université Uerj.

"Mais ces élections traduisent aussi le rejet de la politique traditionnelle: le nombre de suffrages blancs, nuls et abstentions devrait atteindre 50% dans le pays", souligne-t-il.

C'est le PMDB de Michel Temer qui est sorti renforcé de son premier test électoral depuis qu'il a remplacé Dilma Rousseff, ajoute l'analyste.

- Sécurité renforcée -

Près de 5.000 hommes de la Force nationale (police d'élite) sont mobilisés dans l'Etat de Rio où depuis novembre dernier 16 personnes liées aux élections ont été assassinées.

A la mi-journée aucun incident grave n'avait été enregistré dans le pays, a indiqué le président du Tribunal supérieur électoral (TSE), Gilmar Mendes.

"La violence à Rio est un sujet qui dépasse le cadre des élections et doit entrer dans l'agenda national", a souligné le président du TSE.

Pour la première fois depuis l'établissement en 1992 d'un scrutin municipal à deux tours, la mairie de Sao Paulo, ville la plus peuplée et poumon économique du Brésil, n'est pas concernée par le vote de dimanche.

Joao Doria du PSDB (centre) l'a emporté dès le premier tour avec 53,3% des voix, contre 16,7% au maire sortant du PT, Fernando Haddad, qui avait été élu en 2012 avec le soutien de Lula.

Empêtré dans le scandale de corruption Petrobras, le PT qui gouvernait le Brésil depuis 2003 a perdu au premier tour près des deux tiers des mairies gagnées en 2012.

Les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 (10H00 GMT) et ferment à 17H00 (19H00 GMT). Les résultats devraient être connus en fin de soirée.

csc-cdo/jlb