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30/10/2016 07:06 EDT | Actualisé 31/10/2017 01:12 EDT

Au Maroc, indignation et manifestation après la mort tragique d'un vendeur de poisson

La mort tragique d'un vendeur de poisson, broyé par une benne à ordures, a suscité une vague d'indignation au Maroc, où des milliers de personnes ont participé dimanche à ses funérailles.

Mouhcine Fikri, un marchand de poisson d'une trentaine d'années, est décédé vendredi soir à Al-Hoceima (nord), happé par une benne à ordures alors qu'il tentait apparemment de s'opposer à la saisie et à la destruction de sa marchandise par des agents de la ville.

Les circonstances effroyables de sa mort, filmée sur un téléphone portable et diffusée sur internet, ont choqué la population. Une photo de la victime inanimée, la tête et un bras dépassant du mécanisme de compactage, a été largement diffusée sur les réseaux sociaux, qui ont relayé plusieurs appels à manifester dans tout le pays, et notamment dans la capitale Rabat.

Dimanche, des milliers de personnes ont participé aux funérailles de Mouhcine. Parti dans la matinée du centre-ville d'Al-Hoceima, le cortège, avec à sa tête le corps du défunt transporté dans une ambulance jaune, devait se rendre jusqu'à la localité voisine d'Imzouren, à plus d'une quinzaine de kilomètres de là.

Débutée dans la matinée, la manifestation se poursuivait vers 14H00 (locales et GMT) dans le calme et sans incident notable, selon des témoins et des vidéos sur les réseaux sociaux.

Des marcheurs brandissaient en tête du cortège un drapeau berbère, tandis que des dizaines de taxis et voitures de particuliers ouvraient la marche.

"On est en train de faire une grande marche, le cortège dépasse un kilomètre de long", a raconté à l'AFP un participant.

"Criminels, assassin, terroristes!", criaient certains dans le cortège, sous les youyous des femmes. "Martyr Mouhcine, repose-toi, nous continuons le combat!", lançait l'un des marcheurs.

"Les habitants du Rif soutiennent le martyr Mouhcine (...), nous exigeons de savoir ce qui s'est passé", dénonçait un autre manifestant.

- Le spectre du 20 Février -

En visite à Zanzibar (Tanzanie) au terme d'une importante tournée diplomatique en Afrique de l'Est, le roi Mohammed VI a dépêché sur place son ministre de l'Intérieur Mohammed Hassad pour "présenter les condoléances et la compassion du souverain à la famille du défunt", indique un communiqué du ministère.

Le roi a donné des instructions "pour qu'une enquête minutieuse et approfondie soit diligentée et pour que des poursuites soient engagées contre quiconque dont la responsabilité serait établie dans cet incident", toujours selon l'Intérieur, qui avait déjà annoncé l'ouverture d'une enquête, conjointement avec le parquet local, au lendemain du drame.

Les circonstances exactes de la mort de Mouhcine Fikri restent à établir. Les autorités l'ont forcé à se débarrasser de plusieurs caisses d'espadon, une espèce dont la pêche est interdite, a expliqué à l'AFP Fassal Aoussar, représentant local de l'Association marocaine des droits de l'Homme (AMDH).

"La marchandise avait une valeur importante (...) Le vendeur s'est jeté pour sauver ses poissons et a été écrasé dans la machine", selon M. Assouar. "Toute le Rif est choqué, et en ébullition", a-t-il ajouté.

Dans la région du Rif, la ville côtière d'Al-Hoceima, comptant environ 55.000 habitants, fut le coeur de la révolte contre le colonisateur espagnol dans les années 1920, puis le théâtre d'une insurrection populaire en 1958.

Longtemps délaissée sous le règne de Hassan II, la région a une réputation de frondeuse et entretient des relations difficiles avec le pouvoir central marocain. Elle fut aussi l'un des principaux foyers de la contestation lors du mouvement du 20 Février, la version marocaine des Printemps arabes en 2011.

Le suicide d'un vendeur ambulant fin 2010 en Tunisie est souvent vu comme l'un des éléments déclencheurs de ces Printemps arabes. L'homme, au chômage, s'était immolé par le feu en réaction à la saisie de sa marchandise par les autorités.

Dans un communiqué publié dimanche, l'AMDH a "condamné" l'Etat marocain qui "foule au pied la dignité des citoyens depuis la répression féroce du mouvement du 20-Février et maintient la région (nord) dans un état de tension". L'association, qui a mis en garde contre "une possible répétition" des manifestations de 2011, a exigé que "toutes les responsabilités soient établies".

hba/feb