POLITIQUE
26/10/2016 06:54 EDT

Maltais refuserait d'être servie par un fonctionnaire portant des signes religieux ostentatoires (VIDÉO)

QUÉBEC – La députée péquiste Agnès Maltais refuserait d’être servie par un employé de l’État arborant des signes religieux ostentatoires. Une femme musulmane qui témoignait devant elle mercredi estime que la députée ferait ainsi preuve de «discrimination».

Agnès Maltais a fait cette déclaration mardi, lors du témoignage de la Fédération autonome de l’enseignement dans le cadre de l’étude du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse. La députée dénonçait un exemple de discrimination «directe» utilisé par le guide «Traitement d’une demande d’accommodement», publié par la Commission des droits de la personne et de la jeunesse.

«Actuellement, dans le guide, si je refuse — et je refuserais — de me faire servir par quelqu’un qui a des signes religieux ostensibles, trop évidents — servir en relation directe —, c’est moi qui fais de la discrimination. C’est ça que le guide dit», s’est-elle insurgée. La députée se questionnait à savoir si le document devrait être utilisé.

Agnès Maltais a maintenu ses propos mercredi, quelques minutes avant d’entendre la représentante du C.O.R, Samira Laouni. «Je mettais ça en comparaison avec le fait que le guide actuel fait que c’est la personne qui ne veut pas être servie par quelqu’un qui a des signes religieux ostentatoires qui serait accusée de discrimination. C’est complètement fou», dit-elle.

«Je suis d’une minorité invisible, mais très audible… j’ai parfois des moments où je ne veux pas avoir affaire à des gens qui sont à caractère trop religieux, a-t-elle ajouté. C’est ça la laïcité de l’État.»

Elle qualifie sa position de «geste de révolte», de «petite rébellion personnelle».

Quelques minutes avant de prendre la parole devant la commission, la fondatrice-présidente du regroupement Communication – Ouverture – Rapprochement culturel (C.O.R) a déploré les propos de la députée. «Pour moi, c’est de la discrimination, affirme Samira Laouni, qui porte elle-même le voile islamique. C’est comme si, moi, je refusais de me faire servir par un homme.»

Inclure les municipalités

Dans l’ensemble, Samira Laouni voit le projet de loi 62 d’un bon œil. «Nous disons que, non seulement il doit être adopté, mais il doit être approuvé par la majorité des élus», dit-elle.

En commission parlementaire, elle a notamment proposé d’inclure le palier municipal à la future loi afin d’encadrer les changements de zonage qui ont permis d’expulser des mosquées au cours des dernières années.

«Il ne faut pas laisser ce fardeau-là aux municipalités, estime-t-elle. Il faut mettre des balises généralisées pour tout le Québec.»

Samira Laouni en a particulièrement contre les référendums locaux qui ont permis ces changements de zonage, imposant la volonté de la majorité à celle de la minorité musulmane. «Est-ce que le Québec, s’il veut son autonomie, aimerait que les autres provinces du Canada décident pour lui?», demande-t-elle.

Sans se prononcer sur les questions du zonage, Agnès Maltais souhaite également que le projet de loi étende sa portée aux municipalités. «Parce que c’est là qu’il y a la plupart des demandes d’accommodements religieux», souligne-t-elle.

Toutefois, le PQ n’a pas encore confirmé son appui au projet de loi, malgré un engagement en ce sens de son nouveau chef durant la course à la chefferie. «Le vrai débat c’est : est-ce que c’est intéressant ce qui est dans cette loi-là, dit Agnès Maltais. Ça, c’est un autre débat.»

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