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24/10/2016 04:36 EDT | Actualisé 24/10/2016 04:36 EDT

«Sous la ceinture»: La culture du viol, «pas une lubie de féministe» (ENTREVUE)

Quand elle a lu un commentaire haineux sur Facebook à l’égard des femmes, Nancy B. Pilon a pris les armes et la plume. Une vingtaine de témoignages plus tard – et un an et demi de travail derrière la cravate – et Sous la ceinture arrive en librairie.

Le timing n’aurait pu être plus parfait. Sous la ceinture. Unis pour vaincre la culture du viol sort pile poil au moment où on parle des incidents aux résidences de l’Université Laval et des dérapes des initiations à l’Université d’Ottawa. Sans parler de l’affaire Sklavounos.

«Je n’aurais pu penser que l’actualité serait autant collée sur notre projet que ça, lance une Nancy B. Pilon en pleine tournée médiatique la fin de semaine dernière. C’est super triste, mais je trouve ça tellement bien et positif que ça sorte. Ça explose de plus en plus et j’ai l’impression qu’on prend de plus en plus conscience de l’ampleur de ce que c’est.»

Cela faisait déjà un moment que l’enseignante et bloggeuse avait envie de prendre part au débat, sans savoir comment s’y prendre. «C’est quelque chose que j’avais dans la tête depuis le début du mouvement #AgressionNonDénoncée. Quand c’est sorti, j’ai eu plusieurs discussions sur le sujet avec des gens qui m’entourent. On s’est toutes rendues compte qu’à divers degrés, les femmes qui sont proches de moi ont toutes vécu une situation qu’on pourrait relier à la culture du viol.»

À l’été 2015, elle est à la fois inspirée par le Natural Born Féministe de Koriass que repoussée par une blague de Jean-François Mercier. Dans une publication sur Facebook, l’humoriste comparait l’allure séduisante d’une femme à un cornet de crème glacée. Le comble pour Nancy a été de lire le commentaire d’une femme insinuant qu’une demoiselle qui s’habille d’une certaine façon ne devrait pas être surprise de se faire agresser.

«C’est elle qui a donné le coup d’envoi au projet parce que ce commentaire est tellement venu me chercher. Je ne comprenais pas comment une femme puisse avoir un propos aussi violent envers une autre femme.»

Prendre la parole

Émerge l’idée d’un collectif auquel contribuerait des «coups de coeur littéraires et humains» de la Montréalaise. Elle sollicite des journalistes et des dramaturges, des auteurs de fiction et d’essai, bref, des personnalités qui ne se sont jamais vraiment prononcées publiquement sur le sujet. L’intention de la jeune femme est alors de prouver que la culture du viol «n’est pas une lubie de féministe ou de l’hystérie collective.»

«Chacun est à l’intérieur du livre pour une raison précise. Pour Véronique Grenier, j’aimais qu’elle soit prof de philo ce qui amène un angle particulier. Simon Boulerice s’adresse vraiment très bien aux jeunes ados. Florence Longpré, j’avais adoré sa pièce Chlore alors je savais qu’elle serait capable de m’écrire un texte de théâtre accessible et qui allait parler aux gens », explique Nancy B. Pilon.

Question de prouver l’ampleur du phénomène, la jeune enseignante recrute aussi des auteurs masculins, dont Samuel Larochelle et Webster. Ils sont cinq en tout, sur un total de 19 collaborateurs.

Aux yeux de l’auteure, c’était là une étape essentielle pour augmenter la portée du livre. « Avoir des hommes qui prennent position, ça répartit le poids sur plusieurs épaules. Ça permet de se rendre compte que la lutte n’est pas féminine, elle est humaine et sociale. »

Sous la ceinture. Unis pour vaincre la culture du viol est en librairie depuis le 19 octobre. Avec Koriass, Aurélie Lanctôt, Judith Lussier, Sophie Bienvenu et plusieurs autres.

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