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24/10/2016 01:45 EDT | Actualisé 25/10/2017 01:12 EDT

Migrants: début de l'évacuation de la "Jungle" à Calais, "dans le calme"

L'évacuation de la "Jungle" de Calais, vaste bidonville de milliers de migrants dans le nord de la France, a commencé lundi "dans le calme" selon le gouvernement français qui a déployé un important disposif logistique sous haute surveillance.

Emmitouflés dans leur manteau, valises en main, les premiers candidats à la réinstallation se sont présentés dès l'aube pour monter à bord des autocars qui assurent les évacuations vers 451 centres d'accueil, répartis sur tout le territoire français.

Au total, 6.000 à 8.000 migrants doivent être acheminés durant toute la semaine, les autorités espérant vider totament le camp pour le démanteler.

Hommes, femmes ou enfants, ils patientaient depuis des mois dans ce campement boueux face aux côtes anglaises, avec, pour la plupart, l'espoir de traverser enfin la Manche pour commencer une nouvelle vie.

"C'est une opération dont on souhaite qu'elle se déroule dans le calme et dans la maîtrise. C'est pour l'instant le cas", s'est félicité à Paris le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

Dans le premier groupe à partir, 50 hommes, tous Soudanais. "Ca fait sept mois que je vivais sur la +Jungle+, j'en avais marre", explique Rahim. "N'importe où en France" sera mieux que les tentes du camp, sourit Bachir, 25 ans, dans son sweat à capuche orange.

A l'écart, Mohammed, un Éthiopien, regarde la file se former avec scepticisme. "Je veux passer en Grande-Bretagne, les bus ne m'intéressent pas", dit-il avant de faire demi-tour vers le campement.

Quelque 1.250 policiers et gendarmes ont été mobilisés pour cette opération qui a suscité des heurts sporadiques dans la nuit, avec quelque 120 grenades lacrymogènes tirées.

"Si on arrive à orienter 2.000 à 2.500 personnes lundi, c'est très bien", a estimé lundi Didier Leschi, directeur général de l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration).

Tout en se félicitant de la "sérénité" des premiers départs, Christian Salomé, de l'Auberge des migrants, se dit pour sa part "beaucoup plus inquiet pour la fin de la semaine, quand il ne restera que les gens (...) qui persistent à vouloir rejoindre l'Angleterre". Ils seraient 2.000 dans ce cas, estime-t-il.

Insécurité, exaspération des populations locales, le camp de Calais était devenu un abcès, empoisonnant le débat autour de l'immigration à six mois de l'élection présidentielle. Il symbolisait aussi l'impuissance de l'Europe à faire face à la pire crise migratoire depuis la seconde guerre mondiale.

Fin septembre, le gouvernement socialiste a annoncé le démantèlement en le présentant comme une opération "humanitaire". Les autorités disent avoir prévu 7.500 places d'hébergement dans différentes localités, ce qui a suscité des réactions parfois très virulentes dans les communes d'accueil. Les pelleteuses devraient commencer dès mardi à déblayer tentes et baraquements.

- 'Certains reviendront' -

L'évacuation annoncée n'a pas clos le débat politique. Des membres de l'opposition de droite craignent désormais une multiplication de "mini-Calais" dans toute la France, l'extrême droite prône de les renvoyer dans leur pays d'origine.

"Accueillir dans des villes 30, 40 personnes (...) ça me paraît être la moindre des choses", a répliqué dimanche le ministre de la Ville Patrick Kanner, en réclamant "respect" et "humanité" pour les migrants.

Plusieurs organisations non gouvernementales ont regretté la précipitation des autorités et certaines ne cachent pas leur scepticisme sur la suite.

"Le gouvernement rêve qu'en détruisant, cela va régler le problème migratoire, mais c'est une erreur: une bonne partie des gens qui vont partir reviendront, sans compter qu'il y a toujours de nouveaux arrivants, environ 30 par jour", estime François Guennoc, vice-président de l'Auberge des migrants.

Point de tension entre Paris et Londres, le traitement des dossiers des quelque 1.300 mineurs isolés sur le campement - dont 500 disent avoir des attaches familiales au Royaume-Uni - s'est accéléré ces derniers jours.

Quelque 200 d'entre eux ont rejoint l'Angleterre la semaine dernière, selon le directeur général de l'association France Terre d'Asile, Pierre Henry.

Mais la ministre française du Logement Emmanuelle Cosse a critiqué lundi la réticence de Londres à les accueillir. Elle a jugé "scandaleux" que M. Cazeneuve ait dû "aller plusieurs reprises en Angleterre (...) pour qu'enfin le gouvernement britannique applique le droit international".

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