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23/10/2016 02:00 EDT | Actualisé 24/10/2017 01:12 EDT

Près de la moitié des routes provinciales restent en mauvais état

EXCLUSIF - Malgré des investissements de plus de 5 milliards en réfection depuis 10 ans, le réseau routier provincial a encore des carences marquées. Selon les données du ministère québécois des Transports, 47 % des routes sont en mauvais ou très mauvais état. 

Un texte de Davide Gentile

Dans certaines régions, la situation est plus corsée. Les chiffres obtenus par Radio-Canada pour plus de 17 000 tronçons sous la responsabilité du gouvernement du Québec indiquent qu'en Montérégie-Est, 59 % des routes sont jugées, en fonction des critères du ministère des Transports, comme étant en mauvais ou très mauvais état. En Estrie et en Abitibi-Témiscamingue, c'est 56 % des routes provinciales qui sont dans les deux pires catégories.

Dans Chaudières-Appalaches aussi la situation est loin d'être idéale : 54 % des routes sont en mauvais ou très mauvais état. À l'opposé, la région de Québec a le meilleur réseau routier de la province. Seulement 30 % des routes sont en mauvais ou très mauvais état.

Nouvel indice : portrait plus précis

Ce portrait contraste avec celui établi en 2014 qui estimait que 80 % du réseau était en bon état. On utilisait alors uniquement l'indice de rugosité international qui évaluait seulement le confort de roulement.

Cette nouvelle évaluation a été faite fonction d'un nouvel indice, l'indice d'état gouvernemental qui est plus complet. « On mesure quatre choses : la fissuration, l'orniérage, la macro-texture de la route ainsi que l'indice de rugosité », souligne Solène Lemay, porte-parole du ministère des Transports.

L'analyse est faite par deux véhicules qui auscultent les routes entre autres grâce des lasers. On obtient donc un portrait plus réaliste du réseau, selon Guy Doré de l'Université Laval. « Je crois que ça reflète de façon générale l'état du réseau, dit-il. Parce qu'on ne peut pas dire qu'on a un réseau qui est en excellent état : 80 % [de routes en bon état] était beaucoup moins réaliste que le 53 %. »

Déficit d'entretien de 4,7 milliards de dollars

Le ministère des Transports a estimé pour chaque tronçon en mauvais ou très mauvais état les investissements nécessaires pour le réparer. Au total, le déficit de maintien d'actifs est de 4,7 milliards. Des sommes qui devraient être déboursées à court ou moyen terme.

« Ce sont des chaussées qui dans les trois prochaines années pourraient avoir besoin de réparations majeures », indique Dominique David, porte-parole du ministère des Transports. Malgré tout, Québec estime que la qualité globale du réseau routier provincial s'est améliorée depuis 10 ans. Un constat partagé par les experts.

Guy Doré partage en partie cette impression, à tout le moins quant aux autoroutes. « En fait, on constate que le réseau local s'améliore assez peu, précise-t-il. Et on ne parle pas du réseau municipal pour lequel il y a assez peu de données. »

Les réseaux municipaux en crise?

Le plus important problème d'entretien touche le réseau de routes locales : environ 100 000 kilomètres de routes et chemins de campagne gérés par les villes et les municipalités régionales de comté. C'est presque quatre fois plus de kilomètres que le réseau du ministre des Transports.

« Les réseaux locaux sont dans un piteux état, mentionne Bernard Sévigny, maire de Sherbrooke et président de l'Union des municipalités du Québec. Ce sont des infrastructures qui doivent être réhabilitées, plus de la moitié doivent l'être. »

Mais contrairement au réseau provincial, il n'existe pas d'évaluation précise du réseau de routes locales. Québec a lancé un fonds de 50 millions pour les routes locales. Et Ottawa promet 60 milliards sur 10 ans pour les infrastructures.

« Mais il n'y a rien là-dedans pour les routes », d'après M. Sévigny. Les Québécois doivent peut-être arrêter de rêver à un réseau routier de la même qualité que ce que l'on peut voir en Ontario ou en Nouvelle-Angleterre. « L'écart va rester, pense Guy Doré de l'Université Laval. La difficulté est plus grande ici que dans l'État de New York ou en Ontario. Notre population est beaucoup plus disséminée et on n'a pas les mêmes ressources. »