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23/10/2016 09:40 EDT | Actualisé 24/10/2017 01:12 EDT

L'opposition lituanienne proche de remplacer les sociaux-démocrates, au 2e tour des législatives

Les bureaux de vote ont fermé dimanche soir en Lituanie après le second tour des législatives qui pourrait sceller le succès de deux partis d'opposition, centriste et conservateur, ayant dépassé au 1er tour les sociaux-démocrates au pouvoir depuis quatre ans.

Aucun résultat de sondage à la sortie des bureaux de vote n'a été rendu public à la clôture du scrutin à 20H00 heure locale (17H00 GMT). Les résultats officiels devraient être connus dans les heures qui suivent.

Selon la Commission électorale, le taux de participation au deuxième tour s'est élevé à 38%, contre 50% au premier tour, il y a quinze jours.

Les conservateurs de l'Union de la patrie-Chrétiens-démocrates ont remporté ce premier tour avec 21,70% des voix (22 sièges), suivis de près par l'Union des paysans et Verts (LPGU, centre) qui a obtenu 21,53% des suffrages (21 sièges).

Les sociaux-démocrates, au pouvoir depuis 2012, sont arrivés en troisième position avec 14,42% des voix et 10 sièges, un coup dur pour le Premier ministre Algirdas Butkevicius.

Restent à pourvoir dimanche 68 sièges sur les 141 que compte le Sejmas (parlement).

Trois autres petits partis sont également dans la course, ce qui laisse présager de difficiles négociations sur la formation du gouvernement.

Les candidats se sont concentrés sur la lutte contre les disparités sociales, promettant des hausses du salaire minimum et la création de nouveaux emplois dans ce pays balte dont la population a chuté à 2,9 millions d'habitants à la suite d'un exode massif dans le but de rechercher de meilleurs salaires à l'étranger.

Depuis l'adhésion à l'UE en 2004, quelque 370.000 Lituaniens ont quitté leur pays, dont la moitié pour la Grande-Bretagne où l'arrivée de nombreux travailleurs d'Europe centrale est considérée comme une des raisons du "oui" des Britanniques au Brexit.

- Création d'emplois -

Pressenti pour être le futur Premier ministre, le chef des conservateurs Gabrielius Landsbergis, 34 ans, s'est lui-même présenté comme l'homme du "changement".

Petit-fils du père de l'indépendance lituanienne en 1990, le compositeur Vytautas Landsbergis, il a promis de lutter contre l'émigration, de créer de nouveaux emplois, de réformer l'éducation et de favoriser les exportations et les investissements étrangers.

Cet homme politique qui a toutes les chances de devenir le plus jeune chef de gouvernement dans l'UE a su se rallier les jeunes électeurs.

"J'ai envie de changement", déclarait à l'AFP Linas Bagiusis, homme d'affaires de Vilnius, à la sortie du bureau de vote où il a donné sa voix à un candidat conservateur.

"Il faut désormais de nouvelles idées, une nouvelle énergie, notamment pour régler les questions d'émigration car les jeunes fuient le pays", expliquait cet homme d'une cinquantaine d'années.

Le Premier ministre sortant Algirdas Butkevicius a promis des hausses du salaire minimum et des salaires dans le secteur public.

Mais les analystes soulignent qu'une loi sur le travail que son gouvernement a récemment fait passer pour rendre plus flexibles l'emploi et le licenciement des salariés, tout comme des accusations de corruption portées contre les hommes politiques, ont découragé les électeurs.

L'économie lituanienne a opéré un remarquable redressement après la crise de 2008 et pourrait croître cette année de 2,5%. Toutefois, le salaire mensuel moyen, d'un peu plus de 600 euros net, est parmi les plus bas dans l'UE, avec un niveau d'inégalités et de pauvreté relativement élevé.

- Coude-à-coude -

Selon les analystes, c'est le parti des agriculteurs et des Verts, aujourd'hui en dehors du parlement, dirigé par le charismatique ancien directeur de la police nationale Saulius Skvernelis, qui fera pencher la balance dans les futures négociations.

Jurgita, jeune mère en congé maternité, a voté pour les Verts. "Ils vont apporter quelque chose de nouveau, même s'ils n'ont pas la majorité. Ils devraient arriver à s'entendre", estime-t-elle.

M. Skvernelis, 46 ans, a affirmé qu'il était ouvert à une coalition aussi bien avec les conservateurs que les sociaux-démocrates.

Si les centristes et les conservateurs arrivent tous les deux au coude-à-coude au second tour, les négociations de coalition seront difficiles, "chacun voulant diriger les négociations", estime le politologue de l'Université de Vilnius Mazvydas Jastramskis.

Selon lui, la présidente lituanienne non affiliée à un parti Dalia Grybauskaite, qui n'a pas manqué de critiquer M. Butkevicius, laissant entendre qu'elle optait pour "un changement", pourrait elle aussi "inviter les leaders qu'elle souhaite voir autour de la table".

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