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23/10/2016 12:00 EDT | Actualisé 24/10/2017 01:12 EDT

A la veille de l'évacuation, derniers préparatifs dans la "Jungle" de Calais

Derniers préparatifs et tournée d'information pour convaincre les migrants de partir: la "Jungle" de Calais, immense campement de milliers de migrants dans le nord de la France, se préparait à son évacuation à partir de lundi.

Venus pour la plupart d'Afghanistan, du Soudan ou d'Erythrée, cantonnés dans ce vaste bidonville face aux côtes anglaises dans l'espoir de traverser la Manche, entre 6.000 et 8.000 migrants vont être dispersés dans des centres d'accueil répartis sur tout le territoire français.

Insécurité, exaspération des populations locales, le camp de Calais était devenu un abcès empoisonnant le débat autour de l'immigration, conduisant le gouvernement socialiste à annoncer fin septembre son démantèlement.

Dans la soirée, quelques heurts sporadiques ont opposé migrants en policiers aux abords de la "Jungle", comme cela arrive régulièrement depuis des mois.

Dans l'après-midi, des représentants des services de l'Etat avaient arpenté le camp pour expliquer le déroulement de l'évacuation et justifier son bien fondé. "On leur confirme qu'il faut se tenir prêts pour demain", explique ainsi Serge Szarzyncki.

Iacub, un Soudanais de 20 ans, assure qu'il est au courant: "j'y serai", dit-il.

Sur des dépliants rédigés en plusieurs langues figure un plan du site, précisant le lieu de départ des cars lundi, un hangar situé à quelque 300 mètres du campement.

- 'La moindre des choses' -

"Des personnes restent à convaincre", admet Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l'immigration.

Comme Karhazi, un Afghan qui regrette ce départ contraint. "Il faudra nous forcer pour partir. Nous on veut aller en Grande-Bretagne."

Plusieurs migrants ont déjà quitté le camp ces derniers jours pour ne pas s'éloigner de la région et préserver leurs chances de traverser la Manche, selon des bénévoles.

Le gouvernement français, qui assure disposer de 7.500 places d'hébergement, espère pouvoir vider la "Jungle" en "une semaine". De lundi à mercredi, 145 autocars se relaieront pour transporter les migrants en direction de près de 300 centres d'accueil temporaires dans toute la France.

Reste à savoir comment ils seront reçus, alors que certaines villes ont protesté contre le plan de répartition du gouvernement tandis que des membres de l'opposition de droite évoquaient le spectre de la multiplication de "mini-Calais".

Le ministre de la Ville Patrick Kanner a réclamé dimanche du "respect" et de l'"humanité" pour les migrants. "Accueillir dans des villes 30, 40 personnes (...) ça me paraît être la moindre des choses", a-t-il lancé.

- 'Opération à risque' -

Dossier hautement sensible, le cas des quelque 1.300 mineurs isolés recensés dans le camp est traité en collaboration étroite avec les autorités britanniques.

Paris et Londres se sont longtemps renvoyé la balle pour expliquer leur difficulté à trouver une solution. Mais le gouvernement britannique a finalement accéléré les procédures d'accueil pour ces enfants ou adolescents, dont 500 environ ont des liens familiaux au Royaume-Uni.

"Nous avons mené 600 entretiens au total et cette semaine 194 mineurs auront quitté Calais pour la Grande-Bretagne", dit Pierre Henry, mandaté par le gouvernement français.

A ce titre, 53 jeunes filles, Érythréennes pour la plupart, sont parties samedi, selon la presse d'outre-Manche où l'accueil des migrants ne fait pas non plus l'unanimité.

"J'ai eu drôlement de la chance d'être parmi les premiers à partir et d'avoir pu entrer légalement en Grande-Bretagne", raconte Aemal Khan, 14 ans, qui a retrouvé la semaine dernière son grand frère Asif en Angleterre après cinq mois à Calais. "Je suis soulagé que la Jungle soit appelée à disparaître. Beaucoup deviennent fous, on n'imagine pas à quel point c'est dur", a-t-il confié à l'agence Press Association.

A Calais, l'un des défis des prochains jours sera de maintenir la sécurité.

C'est "une opération à risque qui peut dégénérer" notamment si des personnes ou des "militants" refusent de partir, a-t-on souligné au ministère de l'Intérieur, qui s'inquiète notamment de la présence sur place de 150 à 200 membres du mouvement "No border", prônant l'abolition des frontières.

Quelque 1.250 policiers et gendarmes ont été mobilisés.

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