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20/10/2016 06:07 EDT | Actualisé 21/10/2017 01:12 EDT

Trêve au Yémen, le doigt sur la gâchette

Des combats et des bombardements ont émaillé jeudi le premier jour d'une trêve de 72 heures au Yémen, que les belligérants affirment vouloir respecter, tout en gardant le doigt sur la gâchette.

Les forces fidèles au président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenues par l'Arabie saoudite, et les rebelles chiites Houthis, appuyés par l'Iran, se sont accusé d'être responsables de nouveaux actes de violences ayant fait au moins 11 morts, selon diverses sources.

Un homme et sa fille ont été blessés en Arabie saoudite par la chute d'un obus tiré depuis le Yémen, a indiqué la défense civile de la région de Jazane.

Un porte-parole loyaliste yéménite, le général Samir al-Haj, cité par l'agence Saba, a recensé 69 violations par les rebelles à Taëz, grande ville du sud-ouest, et 9 autres à Nahm, au nord-est de la capitale Sanaa.

Plus au nord, sur la frontière saoudienne, des accrochages ont éclaté après la mort de deux combattants progouvernementaux victimes de deux roquettes Katioucha, tirées par les Houthis près du poste-frontière Al-Buqah, a indiqué un autre porte-parole loyaliste, Mohammed al-Adani.

Trois rebelles ont péri dans la province de Hodeida, sur la mer Rouge, dans deux attaques séparées, ont indiqué des sources militaires, ajoutant que des forces pro-Hadi ont tenté jeudi de reconquérir une base militaire dans la province d'Al-Jawf, au nord de Sanaa.

A l'aube, des avions de la coalition arabe sous commandement saoudien ont survolé à deux reprises la capitale, contrôlée par les rebelles, mais sans mener de raids, selon des habitants.

La coalition avait prévenu la veille qu'elle poursuivrait "les vols de reconnaissance des mouvements des Houthis et de leurs alliés".

Les armes ne se sont pas tues sur d'autres fronts de guerre qui s'étaient embrasés mercredi, faisant 35 morts dans les deux camps juste avant la trêve.

Près de Midi, ville portuaire frontalière de l'Arabie saoudite, trois combattants progouvernementaux ont été tués par les rebelles qui ont lancé après minuit une contre-offensive pour tenter de reprendre des positions perdues avant le début de la trêve, a indiqué un officier loyaliste, le colonel Abdel Ghani al-Chebli.

Selon l'agence rebelle sabanews.net, trois civils ont péri dans un raid aérien dans la province de Saada (nord).

Pourtant, le porte-parole militaire des rebelles, le général Sharaf Lokman, a réclamé que "l'ennemi se conforme totalement (à la trêve) aux plans terrestre, naval et aérien". S'adressant à ses hommes, il leur a enjoint de "garder le doigt sur la gâchette".

Lors d'un entretien avec le médiateur de l'ONU Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, le président Hadi a déclaré avoir ordonné à ses hommes de continuer à "observer la trêve, malgré les violations par les Houthis".

- 'On se moque de nous' -

La trêve intervient dans un contexte d'enlisement du conflit qui a fait depuis 19 mois 6.900 morts, 35.000 blessés, déplacé trois millions de personnes et dévasté l'économie.

La population de ce pays le plus pauvre de la Péninsule arabique se sent désabusée par des trêves à répétition, rapidement violées. Il s'agit du 6e cessez-le-feu.

"Nous voulons une trêve durable", dit Sadok Abdallah, 28 ans, un habitant de Sanaa, dont le scepticisme est partagé par Ali al-Douch: "On se moque de nous avec une trêve de trois jours".

"Nous voulons un arrêt de la guerre. Nous voulons nos salaires que nous n'avons pas perçus depuis trois mois à cause de cette guerre absurde", poursuit ce fonctionnaire de 32 ans, témoignant d'un sentiment de frustration face à la situation périlleuse de la Banque centrale.

Cette banque a vu son siège transféré de Sanaa à Aden (sud) par une décision en septembre du gouvernement Hadi qui accusait les rebelles d'avoir puisé jusqu'à 1,6 milliard de dollars dans les réserves en devises de cet établissement pour financer leur effort de guerre.

"Les Houthis ont maintenant de sérieux problèmes à payer les salaires et leur crainte majeure est le risque d'une révolte contre eux", a estime l'analyste Mustafa Alani du Gulf Research Center.

La grogne interne, conjuguée aux pressions des grandes puissances, Etats-Unis en tête, pour mettre fin à une guerre au coût humain et financier inquiétant, pourrait donner des chances à un apaisement.

Les Houthis "ont trois jours pour prouver au monde qu'ils assument leurs responsabilités", a déclaré le porte-parole de la coalition arabe, le général saoudien Ahmed Assiri.

Intervenant sur la chaîne saoudienne Al-Ekhbariya, il a fait état d'"un certain nombre de violations qui seront prouvées". Et de menacer: "si ces violations se poursuivent, nous prendrons la mesure appropriée".

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