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20/10/2016 02:02 EDT | Actualisé 21/10/2017 01:12 EDT

Syrie: trêve "humanitaire" à Alep, des combats éclatent

La trêve "humanitaire" décrétée par Moscou à Alep est entrée en vigueur jeudi, mais aucun habitant des quartiers rebelles n'avait emprunté dans l'immédiat les couloirs établis pour évacuer les civils et les rebelles qui le souhaitent.

Depuis le début de la "pause humanitaire" à 08H00 (05H00 GMT), des tirs d'artillerie et d'armes automatiques incessants avaient lieu dans le couloir près du quartier de Boustane al-Qasr contrôlé par les rebelles, a constaté un journaliste de l'AFP. La télévision officielle syrienne a fait état de "blessés", trois selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Huit couloirs humanitaires, dont six pour l'évacuation de civils, de malades et de blessés, et deux pour le retrait de rebelles armés, mais qui peuvent également être utilisés pour les civils, ont été mis en place, avait annoncé mercredi l'armée russe.

Un photographe de l'AFP ayant visité quatre couloirs, a confirmé qu'aucun civil n'avait emprunté ces passages, précisant qu'une mère, sa fille, et un homme âgé près de Boustane al-Qasr ont finalement fait demi-tour avec le début des violences.

Des caméras de l'armée russe, filmant les deux couloirs destinés aux rebelles et diffusées sur le site internet du ministère russe de la Défense, montraient par ailleurs des bus aux vitres couvertes, des ambulances en stationnement et des militaires armées, sans aucune activité.

"Personne n'a quitté les quartiers rebelles ce matin", a affirmé l'OSDH.

L'agence officielle Sana a accusé "des groupes terroristes" d'avoir lancé "des roquettes" et tiré "à la mitrailleuse" près de Boustane al-Qasr.

Depuis deux jours, le régime du président Bachar al-Assad et son allié russe ont suspendu leurs raids aériens visant les quartiers Est d'Alep, où vivent quelque 250.000 personnes.

-'Risquer ma vie'-

Si des habitants des zones rebelles interrogés par le correspondant de l'AFP ont exprimé le souhait de partir, ils restent sceptiques face à cette annonce de trêve.

"Même si j'ai besoin de sortir d'ici, à cause de la détérioration des conditions de vie avec le siège et le manque de nourriture et de travail, je ne vais pas risquer ma vie et celle de ma famille et être le premier à emprunter ces passages", a indiqué à l'AFP Mohamed Shayah, au chômage et père de quatre enfants.

Dans des messages diffusés par des hauts-parleurs, l'armée syrienne appelait les habitants des quartiers-est à "saisir la chance" qui leur était offerte pour évacuer "les blessés", rappelant que la trêve durerait trois jours, chaque jour de 8h00 jusqu'à 16h00, selon le photographe de l'AFP.

Moscou avait annoncé mercredi que la trêve durerait 11 heures, et non huit comme annoncé initialement. Dans la soirée, l'armée syrienne a affirmé que celle-ci durerait trois jours.

Après des entretiens à Berlin avec les dirigeants français et allemand, le président russe Vladimir Poutine s'est dit prêt à prolonger "autant que possible" l'arrêt des frappes aériennes.

Depuis plusieurs semaines, Moscou fait l'objet de critiques virulentes sur la scène internationale, les Occidentaux dénonçant des "crimes de guerre" au moment où les bombardements d'une extrême violence, lancés le 22 septembre, ont tué des centaines de civils et détruit des infrastructures civiles, notamment des hôpitaux.

Les 28 pays de l'Union européenne, réunis en sommet jeudi à Bruxelles notamment pour évoquer le rôle de la Russie dans le conflit syrien, envisagent "toutes les options y compris des sanctions supplémentaires" ciblant "les soutiens du régime", selon un projet d'accord qu'a pu consulter l'AFP.

- Symbole de la guerre -

Ancienne capitale économique de Syrie, Alep est devenue l'un des symboles de la guerre qui déchire la Syrie depuis mars 2011.

Des employés de la mission de l'ONU et des volontaires du Croissant rouge syrien vont aider à l'évacuation des civils et les accompagner durant tout le trajet après le départ d'Alep, selon l'armée russe.

"Nous n'avons que faire de l'initiative russe, ils ont violé toutes les initiatives précédentes, et nous ne leur faisons aucunement confiance", a indiqué à l'AFP Yasser al-Youssef un responsable de l'influent groupe rebelle d'Alep, Noureddine al-Zinki.

"Qui sont-ils pour décider de déplacer le peuple syrien qui s'est révolté contre le dictateur Assad". "Nous ne renoncerons pas à notre droit à défendre notre peuple et à nous défendre nous-mêmes devant la machine à tuer des Russes et du régime", s'est interrogé Yasser.

Au nord d'Alep, l'armée turque a annoncé avoir mené une série de frappes contre des milices kurdes, tuant entre 160 et 200 membres des Unités de protection du peuple kurde (YPG), branche armée du parti kurde syrien PYD. De son côté, l'OSDH a fait état d'au moins 11 morts et 24 blessés parmi les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde soutenue par Washington.

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