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20/10/2016 11:28 EDT | Actualisé 21/10/2017 01:12 EDT

Syrie: trêve à Alep, l'UE envisage des sanctions contre Moscou

La trêve "humanitaire" décrétée par Moscou dans la ville syrienne d'Alep est entrée en vigueur jeudi, mais presqu'aucun habitant des quartiers rebelles n'avait emprunté les couloirs établis pour évacuer les civils et les rebelles.

La durée de cette "pause humanitaire" de onze heures par jour reste confuse, Moscou annonçant une prolongation de 24 heures, soit jusqu'à vendredi soir, tandis que l'ONU a affirmé que la Russie la maintiendrait jusqu'à samedi soir.

"Une décision a été prise pour étendre la pause humanitaire de 24 heures", a annoncé dans un communiqué le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.

Malgré ce répit, le chef de l'OTAN Jens Stoltenberg a exprimé sa préoccupation qu'un porte-avions russe, actuellement au large des côtes britanniques, puisse se joindre à des attaques sur Alep.

Dénonçant les bombardements meurtriers du régime syrien et de son allié russe sur les quartiers rebelles d'Alep depuis le 22 septembre, les pays de l'Union européenne, qui se réunissent à Bruxelles jeudi soir, ont indiqué envisager "toutes les options y compris des sanctions" contre le pouvoir de Damas et ses soutiens dont Moscou.

A Alep, deuxième ville de Syrie devenue un des enjeux majeurs de la guerre qui a fait 300.000 morts depuis 2011, la pause dite "humanitaire" annoncée par la Russie est entrée en vigueur à 08H00 locales (05H00 GMT).

Huit couloirs humanitaires, dont six pour l'évacuation de civils, de malades et de blessés, et deux pour le retrait de rebelles armés, mais qui peuvent également être utilisés pour les civils, ont été mis en place, avait annoncé mercredi l'armée russe.

- Couloirs déserts -

Un photographe de l'AFP ayant visité quatre couloirs, n'a vu aucun civil les emprunter, précisant qu'une mère, sa fille, et un homme âgé qui s'étaient engagés dans l'un d'entre eux près du quartier rebelle de Boustane al-Qasr avaient finalement fait demi-tour après avoir entendu des tirs d'artillerie et d'armes automatiques.

Hormis ces combats dans la matinée, la situation était relativement calme dans cette ville divisée depuis 2012 entre zones tenues par les rebelles à l'Est et quartiers sous contrôle du régime à l'ouest.

Des roquettes ont toutefois été tirées sur des quartiers tenus par le gouvernement, blessant une petite fille, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Après avoir soumis les quartiers insurgés d'Alep et leurs quelque 250.000 habitants à un déluge de feu, s'attirant des accusations de crimes de guerre, le régime du président Bachar al-Assad et son allié russe ont suspendu leurs raids aériens depuis mardi.

Les Nations unies espèrent évacuer les premiers blessés d'Alep dès vendredi, a annoncé Jan Egeland, qui dirige le groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie. Environ 200 blessées et malades ont besoin d'être évacués de toute urgence de l'est d'Alep, selon l'ONU.

-'Risquer ma vie'-

Des habitants des zones rebelles restent sceptiques face aux promesses de trêve de la Russie et du régime syrien, pourtant relayées à coups de tracts et messages dans des hauts-parleurs.

"Même si j'ai besoin de sortir d'ici, à cause de la détérioration des conditions de vie avec le siège et le manque de nourriture et de travail, je ne vais pas risquer ma vie et celle de ma famille et être le premier à emprunter ces passages", a indiqué à l'AFP Mohamed Shayah, au chômage et père de quatre enfants.

La Russie a toutefois souligné que si ceux qu'elles qualifient de "terroristes", utilisent "la pause humanitaire pour mener des frappes, pour se réarmer, pour renforcer leur arsenal, alors il n'y aura naturellement plus de pause".

Les Occidentaux et les organisations de défense des droits de l'Homme dénoncent depuis des semaines les bombardements sur Alep, accusant la Russie d'avoir visé des civils, notamment des hôpitaux. Jeudi, Amnesty International a dénoncé la trêve comme "terriblement inadéquate", exhortant l'Assemblée générale de l'ONU à agir.

Les 28 pays de l'UE envisagent "toutes les options y compris des sanctions supplémentaires" ciblant "les soutiens du régime", selon un projet d'accord qu'a pu consulter l'AFP.

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a condamné les frappes aériennes sur deux centres des Casques blancs dans la province septentrionale d'Idleb qui avaient tué un travailleur de la défense civile et blessé plusieurs autres.

La "pause humanitaire" russe n'a suscité que méfiance chez les groupes rebelles. Les Russes "ont violé toutes les initiatives précédentes, et nous ne leur faisons aucunement confiance", a indiqué à l'AFP Yasser al-Youssef un responsable de l'influent groupe rebelle d'Alep, Noureddine al-Zinki.

Au nord d'Alep, l'armée turque a annoncé avoir mené une série de frappes contre des milices kurdes, tuant entre 160 et 200 membres des Unités de protection du peuple kurde (YPG), branche armée du parti kurde syrien PYD. De son côté, l'OSDH a fait état d'au moins 11 morts et 24 blessés parmi les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde soutenue par Washington.

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