NOUVELLES
20/10/2016 03:44 EDT | Actualisé 21/10/2017 01:12 EDT

Ryad a levé son premier emprunt international de 17,5 mds USD

L'Arabie saoudite a emprunté un montant record de 17,5 milliards de dollars pour sa première levée de fonds internationale, signe d'un fort intérêt pour le royaume qui cherche à diversifier son économie, trop dépendante du pétrole.

L'offre a été souscrite près de quatre fois sa valeur, selon l'agence officielle Spa.

"Cette émission inaugurale de 17,5 milliards de dollars marque avec succès l'arrivée du royaume d'Arabie saoudite sur les marchés de capitaux, puisqu'il s'agit de la plus importante émission syndiquée (emprunt placé auprès des investisseurs par plusieurs établissements bancaires, ndlr) jamais émise par un pays", a commenté jeudi auprès de l'AFP, Jean-Marc Mercier, codirecteur de la division marchés de capitaux d'emprunt chez HSBC.

Selon M. Mercier, l'intérêt des investisseurs pour cet emprunt a été global et ne s'est pas cantonné aux seuls États-Unis. La souscription à cette levée de fonds avait débuté mercredi.

Premier exportateur mondial de pétrole, l'Arabie saoudite subit de plein fouet le contrecoup de la faiblesse des cours du brut. Avec une prévision de déficit budgétaire de 87 milliards de dollars cette année, le pays a lancé un plan de diversification de son économie et des réformes pour renflouer ses caisses, dont cet emprunt international et des mesures d'austérité.

Pour résorber le déficit, le royaume a entamé une restructuration de son économie en réduisant les compensations, une mesure sans précédent, et en ralentissant des projets publics.

En septembre, il a réduit de 20% les salaires des ministres, reconsidéré des indemnités et avantages accordés à ses fonctionnaires, tout en encourageant les investisseurs étrangers.

-'un grand succès'-

Le royaume prévoit en outre d'introduire en Bourse une partie du capital de son joyau économique, la compagnie pétrolière publique Saudi Aramco, afin de financer un fonds souverain appelé à devenir le plus grand monde.

"Les taux sont d'un bon niveau. Cela est considéré comme un grand succès pour le pays", a déclaré à l'AFP un ancien banquier dans le royaume.

L'emprunt géant réalisé par le royaume se découpe en trois tranches: une première de 5,5 milliards à 5 ans, assortie d'un coupon (taux d'intérêt annuel) nominal de 2,375%, une deuxième de 5,5 milliards à 10 ans également à 3,25% et une dernière de 6,5 milliards à 30 ans à 4,5%, a précisé la banque britannique.

Le rendement effectif, c'est à dire l'intérêt annuel que paiera l'Arabie saoudite sur l'ensemble du prêt est de 2,588% à 5 ans, de 3,407% à 10 ans et de 4,623% à 30 ans.

"Les demandes totales de souscription pour ces obligations ont atteint 67 milliards de dollars", a affirmé l'agence Spa.

Ryad a déjà eu recours à l'emprunt sur le marché intérieur, mais cela a eu pour conséquence de mettre la pression sur les liquidités des banques locales, selon Patrick Dennis, expert sur le Moyen-Orient chez Oxford Economics à Londres.

"C'est la principale raison pour laquelle ils empruntent maintenant à l'étranger", a-t-il dit à l'AFP.

"Bien que le pays puisse légitimement espérer emprunter à un taux attractif, il sera certainement un peu plus élevé que celui de ses voisins, du fait d'une moins bonne notation de la dette souveraine et d'un mouvement récent global de hausse des taux souverains", a relevé Christopher Dembik, chef des études macroéconomiques de Saxo Bank.

Les agences d'évaluation financière Fitch et Moody's avaient annoncé la semaine dernière qu'elles comptaient attribuer respectivement les notes "AA-" et "A1" au futur emprunt en dollar américain de l'Arabie saoudite sur le marché international.

Pour M. Dennis, le recours à l'emprunt extérieur réduit en revanche la pression sur les réserves en devises du royaume, tombées de 732 milliards de dollars en 2014 à 562 milliards de dollars en août selon des statistiques officielles.

Il "pourrait aussi inciter le pays a réduire son offensive sur les prix sur le marché pétrolier et permettre à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) d'obtenir un vrai accord concernant la production", a estimé M. Dembik.

abx/fpo/gj/rl/it/tm/hj

HSBC HOLDINGS