POLITIQUE
20/10/2016 09:35 EDT

Québec: une femme dit avoir été agressée sexuellement par un député provincial

QUÉBEC - Le gouvernement Couillard a été placé dans l'embarras jeudi, à la suite d'une allégation d'agression sexuelle qui met en cause un député libéral.

Le premier ministre Philippe Couillard a dit jeudi matin prendre la chose très au sérieux, lors d'une mêlée de presse, demandant aussitôt au whip du gouvernement, Stéphane Billette, de mener une enquête interne auprès des membres masculins du caucus libéral pour tenter de découvrir si ces allégations étaient fondées.

"Je veux qu'on fasse les vérifications", a dit le premier ministre, s'engageant à ce que chaque député libéral soit questionné

à ce propos.

Quelques heures plus tard, M. Billette avait déjà entrepris un marathon d'entrevues avec ses collègues députés.

Mercredi soir, à l'Université Laval, lors d'un rassemblement en appui aux victimes d'agressions sexuelles survenues récemment dans une résidence de l'université, une jeune femme a pris la parole pour dénoncer une agression qu'elle dit avoir subie dans un restaurant de Québec durant l'été 2014, restaurant où elle avait été embauchée comme hôtesse.

Sur sa page Facebook, retirée depuis, la jeune femme a écrit que l'agresseur était un député libéral, mais elle ne le nomme pas.

Elle y affirme que le député en question aurait par la suite exercé du chantage auprès d'elle pour qu'elle taise l'affaire, mais elle a tout de même porté plainte à la police un an plus tard. L'enquête policière n'aurait pas eu de suites, selon elle.

Le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, soupçonne un "cover-up", une tentative d'étouffer l'affaire, et demande donc une double enquête, une première de nature policière sur l'agression elle-même, une seconde sur une éventuelle tentative de camouflage de l'affaire que pourrait mener le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

"Il y a un nom qui circule", quant à l'identité du présumé député agresseur, a ajouté M. Lisée, sans élaborer.

"Il faut dénoncer ces policiers" qui ont mené l'enquête, a renchéri le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, si effectivement les enquêteurs chargés du dossier ont tenté de dissuader la plaignante d'aller de l'avant. "Les policiers ne sont pas là pour blâmer les victimes", a-t-il ajouté, en point de presse. Il réclame que l'enquête soit rouverte, "pour aller au fond des choses".

La jeune femme, qui se prénomme Alice, soutient même avoir perdu son travail à cause de cette histoire, le député en question étant, selon ses dires, un vieil ami du patron du restaurant, qu'elle n'identifie pas non plus sur son statut Facebook.

La plaignante y affirme de plus être marquée "pour la vie", tant physiquement que psychologiquement, par ces événements.

Selon une proche amie de la plaignante, Rosalie Genest, qui a donné une entrevue radiophonique, la jeune femme a subi des gestes "violents" de la part du député, au point de devoir se rendre à l'hôpital le lendemain de l'agression alléguée pour y recevoir des soins, dont des points de suture.

"J'ai une fille et une petite-fille, et quand je vois ça, ça me renverse", a commenté M. Couillard, en ajoutant son souhait que les femmes se sentent en sécurité partout, et particulièrement sur les campus étudiants.

"Ce sujet n'est pas banalisé, il n'est pas tassé. Il est traité au plus haut niveau de priorité qu'il mérite", a assuré le premier ministre.

Appelé à commenter les allégations, le député libéral de Dubuc, Serge Simard, un ancien ministre dans le cabinet de Jean Charest, a semé l'émoi dans les rangs de l'opposition en semblant banaliser les faits rapportés, jugeant que "des fois, on demande aux gens: c'est quoi le nom de ton maire et il ne le sait pas".

En Chambre, se disant indignées, la députée caquiste Nathalie Roy et la députée péquiste Mireille Jean ont exigé tour à tour que le député s'excuse.

En point de presse, cédant aux pressions, M. Simard a présenté ses excuses et a affirmé que son intention n'était pas de banaliser les faits allégués.

La ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, s'est dite choquée par les allégations proférées par la jeune femme de l'Université Laval et elle a invité toutes les femmes victimes de telles agressions à les dénoncer.

"Personne n'est au-dessus des lois", a-t-elle rappelé, laissant entendre que le député en question, si l'histoire s'avère, n'aurait pas de traitement de faveur.

"Si des gens sont trouvés coupables, ils payeront pour leur crime", a commenté la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David.

Voici le message publié par Alice Paquet sur Facebook:

Après la vague de dénonciations qu'ont fait, avec courage, les survivantes des aggressions sexuelles qui on eues lieu dans les résidences de l'université Laval, je sentais que de ne pas en parler, c'était de protéger mon agresseur et c'est aujourd'hui le message que je veux faire passer en le criant haut et fort, comme j'ai fait ce soir au vigile en soutient aux survivantes

L'été 2014, je travaillais dans un resto comme hôtesse à Québec. Déjà, on me mettait de la pression pour que je m'habille "léger", parce qu'ils disaient que c'était de cette manière que les clients allaient vouloir venir manger au resto. On m'appelait "la brouteuse", aussi, parce que je gardais mes poils sur les jambes et refusais de les raser -selon eux, c'était parce que j'étais une «lesbienne refoulée», parce que tsé, quand une femme décide de garder son poil, ce doit être parce qu'elle est homosexuelle hein ! (Logique ???)

Quand des politiciens arrivaient, fallait que ce soit le traitement royal: peu importe ce qu'ils veulent, s'ils te parlent, tu réponds et tu souris. Ce sont des gens importants!

L'un d'entre eux, homme dont je ne nommerai pas le nom mais qui siège présentement comme député libéral à l'assemblée nationale, semblait me trouver bien de son goût.

Cet homme m'a agressé sexuellement, à mon lieu de travail. Et aujourd'hui encore, il prend des décisions

Aujourd'hui il peut continuer de travailler, comme si rien était.

C'est triste, parce que cet homme, en plus de m'avoir fait perdre mon travail, parce que c'est un "vieil ami du patron", m'a fait perdre ma sexualité, l'estime que j'avais de moi-même

Il m'a non seulement blessé physiquement, mais psychologiquement, et ce, pour la vie.

Je suis allée voir la police, un an plus tard. J'avais même une trousse médico-légal

Mais ce n'était pas suffisant. Ce qu'on me disait, c'est «comprends-tu dans quoi tu t'embarques?» «ca va briser sa carrière» «es-tu certaine d'avoir dit non?»

NON je ne suis pas certaine d'avoir dit non, effectivement.

Mais sans oui, c'est non. J'ai eu peur, et à tout moment dans une relation sexuelle, on doit se sentir TOTALEMENT à l'aise de ne plus avoir envie. À l'aise d'arrêter, et de ne pas se faire blâmer pour ça non plus.

En plus d'avoir fait du chantage pour que je n'en parle à personne, il me disait que si j'en parlais, on n'allait pas me croire moi.

Sa voix serait plus forte que la mienne.

Et ca été le cas. Et ce l'est encore. L'enquête n'a pas aboutie, entre autres parce qu'on me mettait beaucoup de pression puisqu'il est un personnage public, salir son image serait la pire chose à faire. Je ne voulais plus de ca sur les épaules. Ma parole ne suffit pas.

Je dis aux survivantes : On vous croit

Je dis aux présumés agresseurs VOUS ÊTES des agresseurs, pas des présumés. Si une fille/femme dit avoir été agressée, c'est qu'elle l'a été

Pour ce qui est de cet homme qui a bousillé ma vie, un jour je me lèverai et j'aurai le courage de poursuivre mes démarches.

Merci à toutes celles et ceux qui étaient là ce soir, merci aux comités femmes, aux survivantes qui ont témoigné

Merci pour les câlins, le soutient.

Merci pour les doux mots [...] ❤️

Un jour j'aurai le courage

Il ne gagnera pas

Ils ne gagneront pas

Galerie photo Rassemblement à l'Université Laval contre les agressions sexuelles Voyez les images