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20/10/2016 03:38 EDT | Actualisé 21/10/2017 01:12 EDT

Policier poignardé en Allemagne: une adolescente liée à l'EI devant ses juges

Une adolescente germano-marocaine comparaissait jeudi en Allemagne pour avoir grièvement blessé un policier au couteau en février, une action menée "sur ordre" du groupe Etat islamique, selon l'accusation, mais qui n'a jamais été revendiquée.

Au tribunal de Celle (nord), le premier jour d'audience, tenue à huis clos en raison du jeune âge de Safia S., 16 ans, a été consacrée à la lecture de l'acte d'accusation.

Coiffée d'un voile beige et arborant lunettes et chandail de laine, l'adolescente, avant que le huis-clos soit prononcé, a répondu d'une voix assurée au président du tribunal, Frank Rosenow, qui proposait de la tutoyer: "Safia et +tu+, ça va".

Elle risque 10 ans de prison pour "tentative de meurtre, coups et blessures volontaires et soutien à une organisation terroriste étrangère", après avoir poignardé au cou un policier dans la gare de Hanovre le 26 février dernier.

L'accusée était passée à l'acte lors d'un contrôle d'identité. Aux yeux de l'accusation, elle a "provoqué" le contrôle pour pouvoir commettre son crime, avant d'être maîtrisée sur place.

Avant cette attaque, Safia S. était déjà connue de la police qui l'avait interrogée après que sa mère fut allée la chercher à Istanbul en janvier 2016 alors qu'elle tentait de rejoindre les jihadistes de l'EI en Syrie.

- Départ avorté en Syrie -

A son retour, la police avait saisi son téléphone. A l'intérieur, les enquêteurs ont retrouvé des instructions en arabe pour commettre une "attaque martyre" mais celles-ci n'ont été traduites qu'en mars, après l'agression de Hanovre.

Un Germano-Syrien de 20 ans, Mohamed Hasan Kharsa, qui selon le parquet était au courant des intentions de Safia, 15 ans au moment des faits, sera lui jugé pour non-dénonciation de crime. Il était parvenu à fuir l'Allemagne mais a été arrêté en Grèce et extradé mardi soir.

La radicalisation de Safia n'était pas chose nouvelle. Dès 2008, âgée de sept ou huit ans, elle apparaissait dans une vidéo en ligne d'un prédicateur salafiste connu en Allemagne, Pierre Vogel. Mais c'est en novembre 2015 qu'elle aurait fait allégeance à l'EI.

"Nous avons des preuves que nous allons présenter à l'audience", a déclaré jeudi à la presse le procureur général Simon Henrichs, alors que la défense conteste le rôle joué par l'organisation jihadiste.

Selon Mutlu Günal, l'avocat de Safia S., les motifs de son geste "restent à éclaircir", mais la jeune fille a "écrit une lettre d'excuse au policier blessé" quand elle était en prison. Elle ne l'aurait pas fait "si elle sympathisait encore avec l'EI", assure Me Günal, qui ne sait pas encore si sa cliente s'exprimera à l'audience.

Selon l'agence allemande DPA, son frère a aussi tenté de rejoindre le groupe jihadiste, avant d'être arrêté et incarcéré en Turquie.

- Procès pour 'crime de guerre' -

L'Allemagne a été jusqu'ici épargnée par des attaques jihadistes d'ampleur, du type de celles qui ont ensanglanté Paris ou Bruxelles. En revanche, plusieurs attentats islamistes ont été récemment commis par des personnes isolées. D'autres projets ont été déjoués, le dernier en date la semaine dernière par un réfugié visant un aéroport, qui s'est suicidé en prison.

Si l'attaque attribuée à Safia n'a jamais été revendiquée, l'EI a annoncé en juillet avoir organisé un attentat commis par un Syrien de 27 ans, débouté de sa demande d'asile, qui a fait 15 blessés, puis une attaque à la hache perpétrée aussi par un demandeur d'asile, probablement afghan, de 17 ans qui a fait cinq blessés.

Le danger que représenteraient des "terroristes" infiltrés dans le flot des 890.000 demandeurs d'asile arrivés en Allemagne en 2015 fait débat depuis des mois. Il a contribué à plusieurs succès électoraux des populistes de droite et miné la popularité d'Angela Merkel.

L'Allemagne a également engagé des procédures pour "crimes de guerre" à l'encontre d'un réfugié syrien pour des faits commis en Syrie. Le procès de Suliman A.S., 25 ans, soupçonné d'avoir appartenu à la branche syrienne d'Al-Qaïda, le Front al-Nosra et d'avoir été le geôlier d'un fonctionnaire de l'ONU enlevé près de Damas en 2013, s'est ouvert jeudi à Stuttgart (sud-ouest) et se poursuivra au moins jusqu'en mars 2017.

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