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20/10/2016 03:58 EDT | Actualisé 21/10/2017 01:12 EDT

Paul Magnette, l'inflexible Wallon

Universitaire débarqué en politique il y a 10 ans, le chef du gouvernement wallon Paul Magnette, qui s'oppose au traité de libre échange entre l'UE et le Canada, au risque de plonger l'Europe dans une nouvelle crise, est pourtant un social-démocrate aux convictions européennes chevillées au corps.

"Il y a une vraie fierté politique à dire +Stop+ à un moment donné", répète le ministre-président de la Wallonie à ses interlocuteurs internationaux, dont certains découvrent en même temps la région francophone du sud de la Belgique (3,6 millions d'habitants) et son bouillant dirigeant.

"Rien n'est jamais impossible en politique", estime celui qui représente, à 45 ans, le visage moderne et --pour beaucoup-- l'avenir du Parti socialiste francophone belge (PS), qui domine le paysage politique de la Wallonie depuis une quarantaine d'années.

Né à Louvain, en Flandre, mais "Carolo" --habitant de Charleroi, la première ville de Wallonie au tissu industriel en déclin--, Paul Magnette a longtemps été considéré comme un universitaire brillant, spécialiste des questions européennes.

Docteur en sciences politiques et professeur à l'Université Libre de Bruxelles (ULB), il a enseigné également à Sciences Po Paris et Bordeaux, à Pise (Italie) et à Cambridge.

Pour les correspondants qui couvrent l'UE à Bruxelles, il devient au début des années 2000 un analyste recherché, toujours prêt à décortiquer les soubresauts de la construction européenne.

"Vous m'appelez quand les Français ne sont pas disponibles", s'agace-t-il d'ailleurs un jour auprès de la représentante d'une radio française.

- 'Tribun socialiste'-

La carrière de Paul Magnette prend un virage à 180 degrés lorsqu'à la surprise générale, l'homme fort du PS, Elio Di Rupo, le propulse en juin 2007 à Charleroi, où l'équipe socialiste au pouvoir est engluée dans de retentissants scandales de corruption.

En quelques semaines, le "parachuté bruxellois", dont la mâchoire volontaire et la barbe de trois jours deviennent alors familières du grand public, remet de l'ordre dans la section locale du PS, obtenant la démission des élus inculpés.

Lancé en politique, il enchaîne les postes de ministre: de la Santé en Wallonie pendant quelques mois, puis, à partir décembre 2007, du Climat et de l'Energie au sein du gouvernement fédéral.

A l'époque, il bataille avec le géant Electrabel (Engie) pour obtenir une importante contribution au budget des producteurs d'électricité nucléaire.

Il devient sénateur en 2010 et bourgmestre (maire) de Charleroi deux ans plus tard, une fonction qu'il occupe toujours mais qu'il ne peut exercer en raison des règles de non-cumul des mandats.

Elio Di Rupo, ayant accédé au poste de Premier ministre fédéral à l'issue de la plus longue crise qu'ait connue la Belgique, le place à la tête du PS début 2013.

Tribun capable de galvaniser les troupes socialistes, Paul Magnette est envoyé au front lors de la campagne pour les législatives de 2014.

Maîtrisant mieux le néerlandais que la plupart des responsables wallons, il ferraille à la télévision avec le chef des nationalistes flamands Bart De Wever.

- La bataille du Ceta -

Ce qui n'empêche pas le PS de perdre les élections et de voir le jeune dirigeant libéral francophone Charles Michel, avec qui Magnette a très peu d'affinités, accéder au poste de Premier ministre fédéral.

Relégué dans l'opposition, Elio Di Rupo reprend les rennes du PS et Paul Magnette devient en juillet 2014 ministre-président de la Wallonie, où il s'allie avec les centristes.

Il poursuit la politique de modernisation de l'économie wallonne, axée notamment sur les nouvelles technologies et les investissements étrangers.

Menacé sur sa gauche par la montée du parti d'extrême gauche PTB (Parti du Travail de Belgique), ce père de quatre enfants, nés de deux unions, s'engage depuis un an avec sa verve habituelle dans la lutte contre les traités commerciaux négociés avec les Etats-Unis (TTIP) et le Canada (Ceta), au nom de la défense du modèle social européen.

Quitte à s'aliéner les dirigeants de sa très chère Union européenne. "Je ne cherche pas à créer une crise en Europe, il se fait juste que c'est en train d'arriver", a-t-il expliqué jeudi. Les 28 sont prévenus.

siu/agr/rap