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20/10/2016 04:56 EDT | Actualisé 21/10/2017 01:12 EDT

Déplacés: une "génération perdue" en Afghanistan, selon l'ONU

"En Afghanistan, il n'est pas exagéré de parler d'une génération perdue, privée d'éducation en raison des déplacements", a souligné jeudi à Kaboul le rapporteur de l'ONU pour les droits des déplacés, Chaloka Beyani.

Sur les dix premiers mois de 2016, au moins 323.000 civils ont été chassés de leur foyer par les combats, souvent plusieurs fois, et leur nombre devrait augmenter d'ici à la fin de l'année, a estimé M. Beyani à l'issue d'une mission de dix jours.

De plus, "l'ONU estime qu'un quart des régions d'accueil sont inaccessibles" du fait de l'insécurité, faussant les statistiques.

S'exprimant devant la presse, le rapporteur a appelé la communauté internationale "à ne pas se détourner de l'Afghanistan malgré la multiplication des crises en Syrie ou au Yémen" et à répondre à l'appel d'urgence de 150 millions de dollars lancé début septembre.

D'autant que des dizaines de milliers d'Afghans déboutés de leur demande d'asile pourront être renvoyés prochainement par l'Europe, au terme d'un accord signé début octobre avec les autorités.

Plus de la moitié des déplacés (56%) sont des enfants, a-t-il insisté.

Pour justifier le terme "génération perdue", il a évoqué "le risque, faute d'éducation, qu'ils soient manipulés par des groupes armés et envoyés en Irak, ou en Syrie, espérant gagner un peu d'argent pour leurs familles ici".

"Certains déplacés que j'ai rencontrés avaient été assaillis par des groupes qui essayaient de recruter leurs enfants", a-t-il affirmé.

Le problème des déplacés en Afghanistan n'est pas récent "mais s'aggrave depuis quatre ans" parce que la sécurité se détériore dans le pays, a noté pour sa part le coordinateur des affaires humanitaires de l'ONU Mark Bowden.

Sans compter les millions d'Afghans toujours réfugiés au Pakistan et en Iran, dont 800.000 sont déjà rentrés cette année, 1,1 million d'Afghans ont été déplacés en Afghanistan depuis l'arrivée des Américains il y a quinze ans.

Comme souvent, les femmes sont particulièrement pénalisées, surtout les veuves qui se heurtent au droit de propriété et d'héritage favorisant les hommes et entravant leur accès à la terre. Quant aux jeunes filles, elle servent souvent de monnaie d'échange au travers d'un mariage précoce qui procure un pécule ou une parcelle à leur famille.

Le rapporteur a signalé, outre un manque de ressources disponibles pour venir en aide aux déplacés afghans, "le problème majeur" de la "tazkira", la carte d'identité indispensable par exemple pour s'inscrire à l'école. Alors que la loi impose de retourner dans sa province d'origine pour en faire la demande, il suggère de généraliser l'enregistrement électronique des déplacés.

Le gouvernement, débordé, a bien adopté en 2014 une "Politique Nationale des déplacés", mais "il faut faire bien plus pour passer du papier à l'action", insiste-t-il. "Le rôle des institutions dédiées, comme le ministère des Réfugiés et rapatriés (...) demeure peu clair et elles manquent des ressources élémentaires", regrette-t-il.

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